Bizerte renforce la protection de son littoral face à l’érosion
11 septembre 2026
11 septembre 2026
Face au recul continu du trait de côte et à la disparition progressive de plusieurs plages de la corniche, le projet de protection du littoral de Bizerte associe rechargement en sable et ouvrages rocheux. Appuyé sur des études hydrodynamiques, sédimentaires, environnementales et sociales, il vise à restaurer durablement les plages tout en limitant les effets des travaux sur le milieu marin et les usages du littoral.
Depuis plusieurs décennies, le littoral de la corniche de Bizerte subit une érosion progressive sous l’effet combiné de facteurs naturels et humains. La force des vagues, les courants marins, le déplacement des sédiments et l’évolution des usages côtiers ont entraîné un recul marqué du trait de côte.
Sur près de cinq kilomètres, les plages presque entièrement disparu. La zone de Sidi Salem, qui s’étend sur environ deux kilomètres, conserve encore un stock de sable relativement important. Elle demeure néanmoins exposée à une poursuite de l’érosion en l’absence de mesures de protection adaptées.
C’est dans ce contexte que l’Agence de protection et d’aménagement du littoral a engagé le projet de protection du littoral de Bizerte, dans le cadre du Programme tunisien de protection du littoral. Cofinancé par la Banque allemande de développement KfW et Invest International, le projet vise à ralentir le recul du trait de côte, à rétablir autant que possible l’équilibre entre les mouvements de l’eau et des sédiments et à favoriser la reconstitution des plages les plus touchées.
Une solution retenue après comparaison de plusieurs scénarios
Le choix technique résulte d’une comparaison approfondie de plusieurs scénarios. Des modèles numériques ont été utilisés pour analyser les vagues, les courants, le transport du sable et l’évolution probable du trait de côte à long terme.
Le simple rechargement des plages par l’apport de sable, sans ouvrage de protection, figurait parmi les solutions envisagées. Les études ont toutefois montré qu’il ne garantirait pas une protection durable : sous l’effet des vagues et des courants, le sable serait progressivement redistribué, ce qui imposerait de renouveler l’opération tous les trois ans environ, avec des coûts élevés et récurrents.
La mise en place de brise-lames immergés a également été étudiée, mais leur efficacité a été jugée limitée dans le contexte de Bizerte, où les vagues arrivent généralement de manière oblique. Ces ouvrages sont plus performants lorsque la houle atteint la plage presque perpendiculairement.
Un autre scénario prévoyait la construction d’un grand nombre d’épis rocheux courts, pouvant atteindre une vingtaine d’ouvrages le long du littoral. Bien que techniquement envisageable, cette option aurait fortement modifié le paysage côtier, réduit les espaces disponibles pour les activités balnéaires et soulevé des difficultés d’acceptabilité sociale.
La solution finalement retenue combine le rechargement des plages en sable et la construction d’un nombre limité d’Epis rocheux, plus longs et davantage espacés. L’objectif est de stabiliser les apports sableux et d’en organiser le déplacement, tout en réduisant l’emprise des ouvrages et leur effet sur le paysage et les usages du littoral.
Le projet initial prévoyait la construction de trois épis rocheux. Sa configuration a toutefois été adaptée avant et pendant l’exécution des travaux, à la suite de contraintes techniques et financières apparues après les premières études.
La principale modification est liée à l’installation, en 2024, d’un câble sous-marin de télécommunications dans la zone initialement réservée au premier épi. Afin de préserver à la fois cette infrastructure et le projet de protection du littoral, le premier ouvrage a été déplacé. La forme du deuxième épi a été revue et un petit ouvrage complémentaire, appelé « épi 1 bis », a été ajouté.
La réalisation du troisième épi a été reportée en raison des limites du financement disponible, tout en maintenant la possibilité de le construire ultérieurement si des ressources supplémentaires sont mobilisées. Pour renforcer la protection du secteur concerné, le prolongement d’environ 260 mètres de l’ouvrage longitudinal en enrochements a été retenu.
Chaque modification a fait l’objet d’une étude complémentaire, conduite selon des termes de référence validés par les bailleurs de fonds. Le dispositif révisé a été soumis à de nouvelles modélisations hydrodynamiques et sédimentaires ainsi qu’à des analyses de l’évolution du trait de côte. Les résultats indiquent que la configuration adaptée demeure en mesure de favoriser la reconstitution des plages, de préserver les volumes de sable et de réorganiser les échanges sédimentaires dans la zone concernée.
Des essais sont réalisés au laboratoire ArtLab d’Artelia afin de vérifier la stabilité des ouvrages rocheux et leur capacité à résister aux vagues et aux conditions marines retenues lors de la conception.
Ces essais ne correspondent ni à une nouvelle conception du projet ni à la correction d’erreurs antérieures. Ils constituent une étape de vérification prévue dès la préparation du dossier d’appel d’offres et intégrée au marché des travaux.
Le laboratoire évalue le comportement hydraulique et la stabilité des ouvrages sous l’effet des vagues de dimensionnement. La dynamique du sable, la stabilité des plages et l’équilibre côtier à long terme ont, pour leur part, été étudiés au moyen des modèles numériques et des analyses sédimentaires menés durant la phase de conception. Les premiers résultats disponibles font apparaître un comportement conforme aux objectifs techniques dans les conditions étudiées.
La qualité de l’eau, les fonds marins et les herbiers de posidonie figurent parmi les principales préoccupations environnementales du projet. Deux études environnementales et sociales complémentaires ont été réalisées : l’une concerne la zone marine retenue pour l’extraction du sable, l’autre les secteurs de rechargement et les zones côtières directement affectées par les travaux.
Une étude spécifique a également été consacrée aux herbiers de posidonie, habitat essentiel à l’équilibre écologique de la Méditerranée. Les effets potentiels de l’extraction, du transport et du refoulement du sable ont été analysés, et des mesures de prévention, de réduction, de suivi et, si nécessaire, de compensation ont été définies.
Le sable destiné au rechargement a été soumis à des analyses physiques et chimiques à partir d’échantillons prélevés à différentes profondeurs. Les résultats indiquent que les matériaux répondent aux caractéristiques requises et qu’aucune source de contamination n’a été identifiée. L’extraction doit en outre être réalisée dans des secteurs dépourvus d’herbiers de posidonie, avec un suivi de la biodiversité marine destiné à réduire les surfaces affectées et la durée des interventions.
Pendant les travaux, un dispositif mesure la turbidité de l’eau. Des repères sont placés aux limites des herbiers afin de surveiller la propagation des matières en suspension. Lorsque les niveaux observés sont susceptibles de menacer les zones sensibles, les procédures prévoient l’interruption temporaire des opérations concernées.
Pendant la saison estivale, les travaux sont temporairement suspendus afin de préserver les usages balnéaires et de réduire les risques pour les estivants. Le chantier demeure néanmoins sécurisé et son accès reste interdit, notamment à proximité des ouvrages inachevés.
Une surveillance du site est assurée pour prévenir les accidents. Les habitants et les usagers peuvent s’adresser au responsable de la mission de contrôle ou au chargé de communication du projet pour obtenir des informations, transmettre leurs observations ou déposer une réclamation.
La participation du public a commencé dès la préparation des études et la comparaison des scénarios de protection. Une première rencontre publique, organisée le 20 juillet 2020, a
permis de présenter les différentes options et d’échanger sur la solution proposée. Une autre réunion, tenue le 13 janvier 2022, a porté sur le projet détaillé et le scénario retenu. Une consultation publique s’est également déroulée à Bizerte le 10 avril 2025 dans le cadre de l’évaluation environnementale et sociale.
Ces rencontres ont rassemblé des représentants des institutions publiques, des autorités régionales et municipales, des pêcheurs, des établissements touristiques, des associations environnementales, des exploitants des plages et d’autres acteurs concernés. Elles ont permis d’expliquer les résultats des études et les hypothèses techniques, mais aussi de recueillir les observations et les propositions des participants afin de les intégrer, lorsque cela était possible, dans la conception définitive et le plan de gestion environnementale et sociale.
La concertation s’est poursuivie pendant l’exécution des travaux. Réunis au sein d’un comité local de suivi, les représentants de la société civile et des riverains participent aux réunions périodiques et aux visites de chantier. Ils échangent avec les responsables du projet, relaient les préoccupations des usagers et sont informés des ajustements techniques, du plan de circulation ainsi que des mesures de sécurisation mises en place pendant l’arrêt saisonnier. Avec la municipalité, ils seront également associés à l’élaboration des futurs plans d’occupation et de gestion des plages pour la phase d’exploitation.
La responsabilité du projet ne prendra pas fin avec la construction des ouvrages et le rechargement des plages. Un programme permanent de suivi devra permettre d’observer l’évolution du trait de côte, les volumes de sable, la stabilité des plages et le comportement des ouvrages.
Ce dispositif reposera sur des inspections régulières, des relevés topographiques et des mesures marines. Les opérations futures d’entretien seront déterminées en fonction des résultats constatés sur le terrain. Une première évaluation globale du fonctionnement du système pourrait être conduite après une période estimée à une dizaine d’années.
Une convention devra également être conclue entre l’Agence de protection et d’aménagement du littoral et la municipalité de Bizerte afin de préciser les responsabilités de chaque partie en matière de suivi et d’entretien. La municipalité et les autres acteurs concernés seront accompagnés dans la préparation d’un plan d’occupation et de gestion des plages, destiné à organiser les activités touristiques et commerciales tout en préservant les ouvrages et les espaces restaurés.
L’association d’ouvrages rocheux et de rechargements en sable est utilisée dans de nombreux pays pour protéger les côtes soumises à l’érosion. Des solutions comparables ont notamment été mises en œuvre en Italie, en Espagne, au Portugal, en France, aux Pays-Bas et aux États-Unis.
L’objectif n’est pas de transformer le littoral en un espace artificiel, mais d’intervenir lorsque l’érosion dépasse les capacités naturelles de régénération du milieu et commence à menacer les plages, les infrastructures, les zones urbaines et les activités économiques.
Le projet de protection du littoral de Bizerte constitue ainsi un investissement de long terme pour protéger la ville et les biens de ses habitants, restaurer ses plages et renforcer son attractivité environnementale et touristique. Sa réussite dépendra de la qualité d’exécution des travaux, de la continuité du suivi scientifique et de la maintenance, mais aussi de la transparence de l’information et du maintien d’un dialogue permanent entre les institutions publiques, la municipalité, la société civile, les habitants et les différents usagers du littoral.