Après trois ans sans pêche, le fleuve Yangtsé retrouve sa biodiversité

Trois ans et une politique drastique d’interdiction de la pêche commerciale ont suffi pour préserver l’écosystème du fleuve Yangtsé en Chine. Les scientifiques sont formels : la réduction de l’activité humaine à son strict minimum a permis à des espèces en danger de renflouer ses bancs. 

Il part des hauts plateaux du Tibet pour serpenter jusqu’en Mer jaune sur 6 300 kilomètres. Difficile de ne pas se laisser séduire par ses longs lacets cachés au milieu de gorges. Yangtsé est le plus grand fleuve en Chine et le troisième mondial derrière l’Amazone (Brésil) et le Nil (Egypte). L’exploitation de ce bras titanesque (autant pour sa biodiversité, sa puissance avec des barrages hydrauliques, ou l’irrigation des rizières qu’il permet) représenterait 40 % du produit intérieur brut de la Chine. La politique de développement économique rapide a eu de vrais effets néfastes sur la biodiversité du pays depuis les années 1950.

L’exploitation de ce bassin d’eau douce a engendré l’extinction ou la presque-extinction d’espèces endémiques comme le dauphin du Yangtsé (Lipotes vexillifer) ou le poisson-spatule chinois (Psephurus gladius) et un appauvrissement sévère de sa biomasse en général (soit la quantité de matière vivante existant dans un écosystème aquatique).

 

La biomasse a plus que doublé en 3 ans

 

Le pays avait bien tenté de créer des zones protégées (pour un budget de 300 milliards de dollars) dans certaines zones du fleuves, en vain. Alors, pour tenter de préserver les espèces, la Chine a mis en place une politique drastique : abandon de toute activité de la pêche commerciale sur dix ans, à dater de 2021, et réglementation de l’extraction de sable, du développement des berges, des industries chimiques et de la navigation.

En seulement trois ans, de vrais effets positifs ont cette fois été observés, selon une étude publiée par Science, le 12 février 2026. Globalement, la biomasse a plus que doublé. Par exemple, la population du marsouin aptère du Yangtsé (Neophocaena asiaeorientalis asiaeorientalis), le seul mammifère d’eau douce de ce fleuve, a augmenté d’un tiers, passant de 445 en 2017 à 595 individus en 2022. L’étude précise : « Des espèces de poissons menacées, telles que l’esturgeon du Yangtsé (Acipenser dabryanus), le meunier chinois (Myxocyprinus asiaticus) et le poisson-tube (Ochetobius elongatus), bien que toujours rares, ont également montré des signes de rétablissement initial. » Pour analyser cette évolution, les scientifiques ont procédé à des prélèvements sur 57 tronçons différents, d’abord de 2018 à 2020 puis de 2021 à 2023.

Ce moratoire n’est pas sans coûts. La République populaire de Chine (RPC) aurait investi 2,74 milliards de dollars dans « 11 provinces et municipalités baignées par le Yangtsé ». Il a aussi fallu réinstaller les 231 000 pêcheurs et leurs quelque 111 000 bateaux.

 
 

Pas de solution miracle pour concilier activité humaine et biodiversité

 

L’étude appelle à la vigilance : « Ces tendances sont observées à court terme. Il est impossible d’affirmer que l’indicateur de rétablissement soit durable ou ne soit que transitoire. » Avec ce plan, toutes les espèces ne sont pas non plus épargnées. Les migratoires, par exemple, se voient toujours empêchées par certains ouvrages, comme l’esturgeon chinois (Acipenser sinensis), bloqué par l’immense barrage des Trois Gorges.

Si la qualité de l’eau s’est nettement améliorée, des microplastiques ou des produits pharmaceutiques polluent toujours le fleuve. Le site du ministère de l’Agriculture de la RPC annonce un programme en place depuis 2021 pour orienter les pêcheurs mis à pied vers les « secteurs primaires, secondaires et tertiaires de l’industrie de la pêche ». Difficile de savoir ce qu’il est advenu de ces derniers, dès lors. En attendant, la RPC entend poursuivre cette fructueuse expérience sur les cinq prochaines années.

Source : Ouest France