ANALYSE – Port-Soudan : La première base navale russe en Afrique

 

Le 1er décembre 2025, selon le Wall Street Journal, Benoit Faucon et Nicholas Bariyo révèlent dans l’article :« Sudan Offers Russia Its First Naval Base in Africa » que le gouvernement militaire du Soudan a officiellement proposé à la Fédération de Russie l’établissement de ce qui serait sa première base navale sur le sol africain. 

Un pacte de 25 ans pour une présence russe sur la côte soudanaise

L’offre soumise à Moscou porte sur un contrat de 25 ans — potentiellement renouvelable — conférant à la marine russe le droit de déployer jusqu’à 300 soldats et d’amarrer quatre navires de guerre, y compris des navires à propulsion nucléaire, dans le port de Port Soudan ou dans une autre installation non encore dévoilée sur la mer Rouge.  

En échange, Khartoum espère obtenir des armements russes — notamment des systèmes antiaériens — à des conditions préférentielles, dans le cadre de son conflit en cours avec la milice des Rapid Support Forces (RSF).  

Un autre volet de l’accord envisagerait d’ouvrir à la Russie l’accès aux concessions minières soudanaises — le pays étant, selon le WSJ, le troisième producteur d’or d’Afrique. 

Pourquoi cette offre intervient-elle maintenant ?

La proposition de base navale coïncide avec un tournant dans la guerre civile soudanaise, entamée en 2023 entre l’armée régulière et la RSF. Isolé sur le plan militaire, le régime militaire de Khartoum apparaît déterminé à sécuriser des soutiens extérieurs — et Moscou, en quête d’un accès permanent à la mer, offre un débouché stratégique.  

Pour la Russie, cette base sur la mer Rouge constituerait une porte d’entrée vers des corridors maritimes cruciaux — en particulier la route via le Suez Canal, qui concentre environ 12 % du commerce mondial selon le WSJ.  

C’est une opportunité de combler un déficit stratégique : la marine russe manque de ports chauds où ses navires peuvent se ravitailler ou se réparer, ce qui limite sa projection au-delà de la mer Méditerranée et de l’océan Arctique. Une base en Afrique offrirait à Moscou un nouveau point de re-déploiement naval, vers l’océan Indien et au-delà. 

 

Un pari aux lourdes conséquences géopolitiques

Si le projet se concrétise, il pourrait profondément modifier l’équilibre stratégique en mer Rouge et en Océan Indien. La présence de navires russes — potentiellement nucléaires — au cœur d’un corridor maritime vital alerterait plusieurs puissances, notamment celles cherchant à circonscrire l’influence de la Russie et de la Chine en Afrique. 

Plus largement, le deal arme-contre-base illustre la tendance croissante à associer projection militaire et accès aux ressources naturelles : Moscou ne se contenterait pas d’un simple avant-poste naval, mais viserait aussi des intérêts économiques — ce qui rend la base bien plus qu’un simple site stratégique.  

Mais le contexte reste instable — entre guerre civile et incertitudes

Cependant, le contexte soudanais — guerre civile, instabilité politique, contrôle précaire du territoire — fait peser de fortes incertitudes sur l’issue de ce projet. L’accord, bien que proposé, reste fragile, car il dépend de la capacité de Khartoum à sécuriser ses côtes et à préserver un minimum de stabilité.  

Par ailleurs, l’opinion internationale — États-Unis, Union européenne, mais aussi États riverains de la mer Rouge — pourrait réagir vivement à cette insertion russe, en criant au risque de militarisation d’un corridor vital pour le commerce mondial. Le prix à payer pourrait être élevé pour le Soudan.  

L’offre du Soudan à la Russie — rapportée par le Wall Street Journal — apparaît comme un pari audacieux : un échange direct entre soutien militaire et levier naval, à l’heure où Moscou cherche à regagner une présence en eaux chaudes. Si la base voit le jour, elle pourrait redessiner les cartes de la puissance navale en mer Rouge et en Océan Indien — mais elle s’inscrit aussi dans un contexte de fragilité extrême, tant pour Khartoum que pour tout l’équilibre maritime régional.

Source : LD