Aires marines protégées : la colère des chalutiers corses

 

Emmanuel Macron a annoncé au mois de juin une limitation du chalutage de fond dans les aires marines protégées, notamment en Corse. Si la mesure est saluée par les ONG, les professionnels du secteur dénoncent une décision injuste. Reportage à Bonifacio.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité. 

Retour de pêche pour l’un des tout derniers chalutiers de Corse. À bord, plusieurs caisses de langoustines. « Il doit y avoir, je pense, 45 kg de langoustines, 6 ou 7 kg de crevettes« , estime Philippe Botti, patron pêcheur à Bonifacio (Corse-du-Sud). Il y a quatre ans, il a investi dans un chalutier. Mais depuis, une annonce a, dit-il, tout changé.

« Ils nous ont sorti des zones d’interdiction(Nouvelle fenêtre), alors qu’on n’a pas été concertés. On ne sait pas d’où elles sortent, ces zones. C’est-à-dire que là où je pêche la crevette devant Popriano, je n’aurai plus le droit. Et au large du Toro où j’étais ce matin, à la langoustine, il y a aussi une zone, un gros rectangle qu’ils ont interdit », explique-t-il.

 

Inquiétude des pêcheurs et restaurateurs locaux

 

Le renforcement des aires marines protégées a été annoncé par le président de la République lui-même lors du sommet des océans à Nice (Alpes-Maritimes) : « Je vous confirme que le chalutage de fond et le raclage dans la carte qui est sortie seront bien interdits. »

Le chalutage de fond, une pratique destructrice pour les fonds marins selon les ONG, est dorénavant proscrite sur une large partie de la côte corse, notamment. L’Élysée assure avoir concerté les pêcheurs de l’île, pourtant aussitôt mobilisés contre la mesure, inquiets pour leur avenir. Philippe Botti, lui, s’estime d’ores et déjà condamné. « En Corse, à l’époque, il y avait 26 chalutiers, on n’est plus que quatre. À l’heure actuelle, je vous le dis, moi, si on me donne les sous pour le casser, le bateau, je le fais, parce que j’en ai marre de toutes ces normes », peste-t-il.

Une disparition annoncée qui inquiète bien au-delà des pêcheurs. Car les langoustines de Philippe Botti alimentent directement certains restaurants de la ville. À « La Caravelle », à Bonifacio, on cuisine tous les jours cette pêche 100 % corse, plébiscitée par les clients. « Le fait que ce soit du poisson local, ça change tout. Et c’est ce qui va déterminer vraiment le choix du restaurant », confie une femme.

Or, sans le chalutier, le restaurant ne pourrait plus proposer certains produits. « Si demain nos chalutiers, nos pêcheurs ne peuvent plus pêcher, on n’a plus nos produits frais. Étant donné le transport pour arriver jusqu’en Corse, ça va être du produit frais, mais congelé sur place. Alors que là, on peut présenter à notre clientèle tous les jours de la langoustine, de la crevette, du poisson. Ça sort de l’eau et ça va dans l’assiette du client », confie Stéphanie Nicolai, une membre de l’équipe.

 

Une décision nécessaire ?

 

Alors, faut-il sacrifier la pêche corse pour sauver la Méditerranée ? Pas forcément, selon les scientifiques de l’Office de l’Environnement Corse (OEC), pour qui la pêche de l’île n’a rien à voir avec la pêche industrielle pointée du doigt par Emmanuel Macron. « Les volumes de capture de la pêche en Corse, c’est 650 tonnes par an. 650 tonnes par an, c’est ce que capture un bateau usine dans la Manche par jour. Donc on n’est pas du tout dans la même pratique. Et s’il y a vraiment une pêche à soutenir, c’est cette petite pêche artisanale et côtière méditerranéenne« , raisonne Marie-Catherine Santoni, la responsable des suivis scientifiques à l’OEC.

Le renforcement des aires marines protégées permettra à la France d’atteindre l’objectif fixé par l’Europe : 10% du domaine maritime sous protection forte, dès le 1er janvier 2026.

Source : franceinfo