À l’occasion du Cinquantenaire du Parc National du Banc d’Arguin : Hommage aux femmes imraguen, gardiennes de l’âme du Banc d’Arguin

 

Il existe des femmes dont l’histoire ne s’écrit pas dans les livres, mais dans le vent, le sable, la mer et la mémoire des peuples.


Les femmes imraguen sont de celles-là.


Depuis des siècles, elles veillent silencieusement sur le Banc d’Arguin. Elles en connaissent les marées, les saisons, les poissons et les mystères. Elles ont grandi au rythme de l’océan, apprenant très tôt que la nature n’est pas un bien que l’on possède, mais un héritage que l’on protège et que l’on transmet.


Dans l’ombre des tikâten, ces modestes huttes de paille ouvertes sur la mer, elles ont façonné un savoir exceptionnel. De mère en fille, de génération en génération, elles ont transmis avec patience des gestes précis, des connaissances précieuses et une véritable philosophie de vie fondée sur le respect de la nature, la solidarité et la préservation des ressources.


Pour elles, la mer n’était ni un marché ni une richesse à exploiter sans limites. Elle était une alliée, une nourricière, une bénédiction. Elles savaient que ce qui est pris à la nature doit toujours lui être rendu par le respect et la sagesse.
Aujourd’hui, le monde change. Les repères d’hier s’effacent peu à peu sous l’effet de la modernité, de la recherche du profit immédiat et d’un tourisme parfois déconnecté des réalités locales. Certaines traditions s’affaiblissent, certains savoirs se perdent et avec eux disparaît une part irremplaçable de l’âme du Banc d’Arguin.


Pourtant, les femmes imraguen nous ont laissé une leçon d’une immense valeur morale , la véritable richesse ne se mesure ni à l’argent accumulé ni aux bénéfices réalisés. Elle se mesure à ce que l’on préserve pour ceux qui viendront après nous.


Elles avaient compris ce que notre époque oublie parfois, qu’une ressource épuisée ne revient pas, qu’un patrimoine perdu ne se reconstruit pas et qu’une tradition abandonnée emporte avec elle une partie de notre identité.


En ce jour de commémoration, nous adressons une pensée pleine de respect et de gratitude à toutes celles qui nous ont quittés. Que leurs âmes reposent en paix. Que la mer qu’elles ont tant aimée leur soit douce et que leur souvenir demeure à jamais vivant dans les villages du Banc d’Arguin.


À celles qui sont encore parmi nous, nous souhaitons une longue vie, entourée de l’affection des leurs, de santé, de dignité et de reconnaissance. Car elles sont les dernières détentrices d’un trésor que nul livre, nul musée et nul archive ne pourra jamais remplacer.


Et surtout, nous leur lançons un appel du cœur : transmettez. Transmettez à vos filles, à vos petites-filles, à toutes celles qui porteront demain l’héritage imraguen. Enseignez-leur les gestes, les valeurs, les récits et le respect de cette nature généreuse mais fragile.


Car l’avenir du Banc d’Arguin ne dépend pas uniquement des lois, des institutions ou des programmes de conservation. Il dépend aussi de cette mémoire vivante que vous incarnez.


Vous êtes les gardiennes d’un savoir ancestral, les sentinelles d’un patrimoine unique et les héritières d’une sagesse dont le monde moderne a plus que jamais besoin.


À vous, femmes imraguen d’hier, d’aujourd’hui et de demain, nous rendons hommage avec admiration, respect et reconnaissance.


Le Banc d’Arguin vous doit beaucoup.


Peut-être même son âme.


Chamia Amy