80 baleines à bosse vivent en mer d’Arabie sans jamais migrer — sauf une, qui vient de tout changer

Environ 80 baleines à bosse vivent en mer d’Arabie sans jamais migrer comme leurs cousines du reste du monde — une exception unique chez cette espèce. Mais une étude publiée dans Frontiers in Marine Science vient de documenter un voyage inattendu : une femelle baptisée Luban a parcouru 7 000 kilomètres jusqu’aux côtes indiennes, remettant en question tout ce qu’on pensait savoir sur cette population isolée.

Ce que vous allez apprendre

  • Pourquoi les baleines à bosse de la mer d’Arabie ont abandonné la migration depuis 70 000 ans
  • Comment 14 balises satellites ont révélé leurs déplacements réels entre Oman et le Yémen
  • Ce que le voyage exceptionnel de Luban jusqu’en Inde change à la compréhension de cette population


Une population qui a divergé il y a 70 000 ans

Les baleines à bosse sont mondialement connues pour leurs migrations spectaculaires entre l’Alaska et Hawaï, ou pour leurs apparitions au large de la Nouvelle-Angleterre. Mais une population isolée de seulement 80 individus environ, vivant au large des côtes d’Oman en mer d’Arabie, échappe complètement à cette règle. Classées comme espèce menacée, ces baleines seraient les seules de leur espèce à ne pas migrer de façon saisonnière.

Des études antérieures suggèrent que cette population a divergé des baleines à bosse de l’hémisphère sud il y a environ 70 000 ans. Depuis, elle est restée confinée à la mer d’Arabie et au sud-ouest de l’océan Indien — une sédentarité unique chez cette espèce normalement grande voyageuse.

Un suivi satellite inédit

Pour comprendre les déplacements réels de ces baleines mystérieuses, une équipe de chercheurs a déployé 14 balises satellites sur des individus dans la baie de Hallaniyat au nord et le golfe de Masirah au sud. Ces balises ont transmis des données pendant 53 jours en moyenne, générant plus de 1 800 positions au total.

Les résultats confirment une forte fidélité géographique : 57 % des localisations provenaient du golfe de Masirah, 18 % de la baie de Hallaniyat — deux zones distantes de moins de 415 kilomètres. Les baleines marquées dans la baie de Hallaniyat ont toutes navigué entre cette zone, le golfe de Masirah et le nord du Yémen.

Les chercheurs attribuent ces déplacements à la traque de proies côtières comme les sardines, complétée par des plongées plus profondes pour chasser le krill au-delà du plateau continental. Les moussons de l’ouest de la mer d’Arabie créent une zone de remontée d’eau particulièrement productive, garantissant une alimentation toute l’année.

 

Crédit : Société environnementale d’Oman/D. MacDonald

 

Le voyage extraordinaire de Luban

Une seule baleine s’est distinguée radicalement du groupe. Baptisée Luban — du nom arabe de l’encens, en référence au motif orné sa nageoire caudale — cette femelle a traversé la mer d’Arabie vers l’est jusqu’aux côtes occidentales de l’État indien de Goa, parcourant environ 7 000 kilomètres lors de son trajet retour.

Cette observation constitue la première preuve directe d’un déplacement de haute mer traversant la mer d’Arabie, confirmant des indices déjà repérés par le chant des baleines détecté entre les côtes omanaises et indiennes. Luban est restée près d’un mois dans une zone au large du sud de l’Inde, reconnue pour son abondance de nourriture — les chercheurs estiment que recherche alimentaire et reproduction ont pu motiver conjointement ce voyage exceptionnel.

Elle a depuis été revue nageant dans le golfe de Masirah, à la grande satisfaction de l’équipe de recherche.

Une population vulnérable face au changement climatique

Cette étude dépasse la simple curiosité scientifique. Certaines parties de la mer d’Arabie se réchauffent environ 1,5 fois plus vite que la moyenne mondiale des océans — une menace directe pour une population déjà réduite à quelques dizaines d’individus.

Les données de suivi pourraient également aider à éloigner les activités de pêche de ces zones critiques pour les baleines. Pour les communautés de pêcheurs omanaises, qui vénèrent ces animaux depuis des générations, cette recherche offre un argument scientifique supplémentaire en faveur de leur conservation, dans une région en pleine modernisation économique.

Source : Science Post