La Californie crée ses premières aires marines protégées depuis plus de dix ans, à l’initiative de tribus amérindiennes

 

La Californie vient de franchir une nouvelle étape dans la protection de son littoral, alors que le gouvernement fédéral, sous la coupe de Donald Trump, multiplie les attaques contre l’environnement et soutient les compagnies pétrolières souhaitant développer le forage sous-marin au large des côtes.

La « Fish and Game Commission » (Commission de la pêche et de la chasse, N.D.L.R.) a ainsi approuvé jeudi 15 octobre 2026 la création de deux nouvelles aires marines protégées, au large de Point Sal, dans le comté de San Luis Obispo, et de Carpinteria, dans le comté de Santa Barbara. L’État a également renforcé ou étendu deux zones déjà protégées, à Point Dume et Pyramid Point.

Les deux zones couvrent chacun environ 23 km².

Cette décision constitue la première modification majeure du réseau californien d’aires marines protégées depuis son achèvement en 2012. Elle doit permettre de mieux préserver certains habitats particulièrement riches, alors que les eaux du Pacifique sont confrontées au réchauffement, aux épisodes de chaleur marine et au déclin de plusieurs espèces.

Selon le biologiste marin Douglas McCauley, de l’Université californienne de Santa Barbara (UCSB), cité par le Los Angeles Times , la zone de Carpinteria est considérée comme une « oasis océanique ». Ce dernier souligne qu’elle abrite notamment une importante zone de croissance pour les jeunes requins blancs, ainsi que des nurseries de requins léopards et de raies.

Au total, ces nouvelles mesures portent à 22,2 % la proportion des eaux côtières californiennes bénéficiant désormais d’un statut de conservation, contre 21,9 % auparavant. Environ 6 000 hectares supplémentaires sont ainsi intégrés au dispositif. L’objectif fixé par l’État de Californie est d’atteindre 30 % d’eaux côtières protégées à l’horizon 2030, dans le cadre du programme « 30×30 ».

Les deux nouvelles zones sont classées comme « State Marine Conservation Areas ». Leur réglementation vise notamment à limiter les activités de prélèvement afin de laisser les écosystèmes marins se développer avec moins de pression humaine. La pêche commerciale depuis un bateau y est donc désormais interdite, tout comme la pêche sportive depuis un bateau. En revanche, lla pêche depuis la terre à la ligne et à l’hameçon reste toutefois autorisée dans certaines conditions, tandis que des dispositions spécifiques concernent les usages tribaux.

À Carpinteria, la nouvelle aire de conservation, baptisée Mishopshno (mot amérindien, désignant une ancienne et ville côtière du peuple autochtone Chumash, N.D.L.R.), englobe notamment un récif rocheux et une forêt de kelp considérée comme l’une des plus persistantes du secteur. Les documents soumis à la Commission soulignent également l’importance de cette zone pour plusieurs espèces marines, notamment les squales et dauphins.

Le secteur de Point Sal présente lui aussi un intérêt écologique particulier. Sa configuration favorise notamment la présence de poissons et d’invertébrés au stade larvaire, tandis que le littoral environnant accueille de nombreux oiseaux marins et mammifères. La protection doit ainsi contribuer à maintenir la continuité écologique entre différentes zones protégées de la côte centrale.

La création de Mishopshno et de Point Sal a été proposée avec la participation de deux branches de la tribu amérindienne Chumash, lesquelles participeront à la gestion de ces réserves. Celle de Carpinteria sera assurée par la Santa Ynez Band of Chumash Indians, tandis que celle de Point Sal sera du ressort du Northern Chumash Tribal Council.

Préserver la biodiversité

La décision intervient après plusieurs années d’examen du réseau californien. La loi impose en effet une gestion évolutive des aires marines protégées afin de modifier leur réglementation en fonction de l’évolution des connaissances scientifiques et de l’état des écosystèmes.

Le processus n’a toutefois pas fait l’unanimité au sein des agences de l’État. Le California Department of Fish and Wildlife avait recommandé de ne pas créer les deux nouvelles zones et de traiter séparément la question de la gestion tribale. L’Ocean Protection Council, de son côté, avait recommandé leur approbation, estimant que ces secteurs présentaient une valeur écologique particulière et pouvaient renforcer la cohérence du réseau existant.

La question de la pêche a également pesé dans les discussions. Les documents officiels reconnaissent que certaines activités commerciales et récréatives sont actuellement pratiquées dans les secteurs concernés. Pour Mishopshno, l’évaluation de la proposition indique toutefois que la zone représente une part limitée des prises réalisées dans le secteur de pêche concerné. Les promoteurs du projet estiment par ailleurs que la protection de certains habitats pourrait, à plus long terme, favoriser la reconstitution des populations et bénéficier aux zones de pêche voisines.

Au-delà de ces deux sites, la réforme comprend l’agrandissement de l’aire marine protégée de Point Dume, près de Malibu, afin d’y intégrer davantage de forêt de kelp. À Pyramid Point, sur la côte nord, les mesures renforcent également la protection de populations de poissons en déclin tout en maintenant certains prélèvements traditionnels.

Pour les autorités californiennes, cette évolution répond donc à un double enjeu : préserver la biodiversité marine et rendre le réseau existant plus résilient face aux changements rapides que connaît l’océan. Le dispositif repose désormais sur 124 aires marines protégées réparties le long de la côte, auxquelles viennent s’ajouter ces nouvelles mesures.

La Californie reste cependant encore loin de son objectif de 30 %. Les nouvelles protections représentent une progression limitée en superficie, mais elles marquent surtout une évolution dans la manière dont l’État entend gérer son patrimoine marin : en renforçant les connexions entre les zones protégées, en s’appuyant davantage sur les connaissances scientifiques et en associant plus étroitement les communautés côtières à leur gestion.

Source : Ouest France