« On va à l’intérieur de sa physiologie, vraiment » : en Méditerranée, des scientifiques à la rencontre du rorqual, le géant des mers
11 septembre 2026
11 septembre 2026
Direction la Méditerranée pour une belle aventure aux côtés de scientifiques spécialistes de la protection des baleines. De nombreux spécimens meurent chaque année en raison de collision avec des bateaux ou porte-conteneurs.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.
Ils sillonnent les profondeurs de la Méditerranée et parfois, remontent pour respirer. Le rorqual commun(Nouvelle fenêtre) mesure 20 mètres de long et pèse 70 tonnes, c’est le deuxième plus grand animal de la planète. Rencontre avec un géant furtif et pacifique.
Une équipe de France Télévisions quitte Nice (Alpes-Maritimes) à bord du Blue Panda. À la tête de l’expédition, Denis Ody, expert cétacés du WWF France. À ses côtés, des scientifiques du CNRS. Ils veulent mesurer le stress des baleines au contact des bateaux et limiter les collisions. « L’enjeu, c’est de mieux comprendre ce qui se passe dans les interactions entre les navires et les grands cétacés. On estime que chaque année, 33 rorquals communs meurent sur une population de 1 700 à 1 800 individus, ça fait 2 % par an. ça suffit à mettre en péril l’avenir de la population en Méditerranée », détaille Denis Ody.
Après des heures et des heures d’observation, une baleine est en vue. Dernière vérification de la balise, bourrée de capteurs. L’enjeu est d’aller mesurer l’activité cardiaque de la baleine. Embarquée sur le zodiac, l’équipe s’approche de l’animal. Elle va tenter de déposer la balise sur son dos. Équipée de ventouses, elle est indolore pour l’animal. De quoi mieux connaître ce géant des mers. « La balise enregistre tous les paramètres de ses plongées, de son activité cardiaque, tous les paramètres scientifiques dont on va avoir besoin pour interpréter ses trajets », explique Sébastien Personnic, docteur en biologie marine.
Sur le voilier, au même moment, des scientifiques suivent l’opération. Un récepteur leur permet de localiser la balise, qui tient toujours sur la baleine. Tout simplement exceptionnel. « C’est quelque chose que pratiquement personne au monde est capable de faire. Et ce n’est pas seulement le comportement de l’animal, on va à l’intérieur de sa physiologie, vraiment. Même ses émotions, d’une certaine façon« , indique Angelo Torrente, chercheur en génomique fonctionnelle au Centre national de la recherche scientifique.
Après 20 minutes sur la baleine, la balise s’est finalement détachée. Elle est repêchée et ramenée sur le voilier. Sur l’électrocardiogramme du rorqual, on observe des pics de stress à l’approche du zodiac. Un argument pour réglementer la vitesse des navires commerciaux. « Ces données ici, ça nous permettra de comprendre à quelle distance cette situation devient désagréable. Si c’est à 100 mètres, si c’est à 300 mètres. Et sur cette base, on pourra donner des directives à la marine pour, effectivement, permettre de mieux encadrer le trafic maritime et éviter de déranger les baleines », explique Angelo Torrente.
Plus la baleine est stressée par un navire, plus le risque de collision est élevé. Grâce à ces chercheurs, elles pourraient retrouver un peu de leur tranquillité.