Donald Trump annonce la mise en place d’un péage maritime sur le détroit d’Ormuz, où le trafic de navires s’est effondré
14 juillet 2026
14 juillet 2026
En voulant contrôler le passage maritime, les Etats-Unis et l’Iran ont réduit le trafic dans le détroit d’Ormuz à néant, ou presque. Le couloir, par où transitaient 20 % des hydrocarbures dans le monde, ainsi que toutes les marchandises importées dans le Golfe avant la guerre en Iran, n’est plus qu’un bras de mer aux eaux turquoise désertées par les navires.
Donald Trump a annoncé, lundi 13 juillet, le rétablissement du blocus naval des ports iraniens et l’instauration d’une taxe de 20 % sur « la valeur de toutes les cargaisons transportées » sur le fret maritime passant par le détroit pour « couvrir l’ensemble des coûts nécessaires à l’accomplissement de la mission visant à assurer la sûreté et la sécurité de cette région du monde », sans donner plus de détails sur le modus operandi. Dans la foulée, le commandement militaire américain en charge du Moyen-Orient a précisé, dans un communiqué, que le blocus serait effectif à partir de mardi, 22 heures, heure de Paris.
Selon les données du site Internet spécialisé Marine Traffic, le trafic a diminué de 52 % du vendredi 10 au dimanche 12 juillet, peu après la reprise des hostilités entre l’Iran et les États-Unis, qui a mis fin à leur cessez-le-feu signé début avril. Même si cinq ou six navires continuent d’emprunter quotidiennement le détroit côté omanais en éteignant leurs transpondeurs, pour ne pas être repérés par les gardiens de la Révolution, ils sont bien moins nombreux qu’avant la guerre en Iran, où ils étaient en moyenne au nombre de 120. Dimanche, seuls 14 navires, dont la moitié étaient des navires commerciaux, ont traversé le détroit, selon les données de la société de suivi maritime Kpler.
« Respecter la liberté de navigation »
Dans la nuit de samedi à dimanche, Téhéran a annoncé la fermeture du détroit après avoir attaqué en une semaine quatre navires près des côtes omanaises, tout en déclarant ce couloir « illégal ». « Ormuz est plus important que des dizaines de bombes nucléaires et la République islamique d’Iran le protégera », a résumé ce week-end le conseiller militaire du Guide suprême, Mohsen Rezaï. Une « protection » qui équivaut en réalité à un contrôle du détroit par Téhéran. Le régime iranien n’autorise qu’un couloir de navigation le long de ses côtes.
Donald Trump, qui défendait jusqu’à présent l’ouverture du détroit, calque son discours sur celui de l’Iran, en en annonçant le contrôle par les États-Unis, ainsi que la mise en place d’un péage maritime. Des déclarations contraires au principe de la liberté de navigation qui était jusqu’ici respecté par tous les Etats. L’Organisation maritime Internationale, l’agence de l’ONU chargée des affaires maritimes, réunie à Londres du 6 au 10 juillet, a réaffirmé dans une résolution que « le droit de passage en transit par les détroits servant à la navigation internationale ne devrait pas être menacé, entravé, empêché, restreint, compromis ou suspendu ». « La liberté de navigation doit être respectée », a rappelé lundi la vice-présidente de la commission européenne, Kaja Kallas.
Depuis le début du conflit, des voies de contournement ont été mises en place pour réduire la dépendance vis-à-vis du détroit d’Ormuz. L’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis ont considérablement augmenté leurs exportations d’or noir via des pipelines, des ports sur la mer Rouge et même, des camions-citernes. Mais les volumes écoulés sont bien loin d’atteindre les 20 millions de barils par jour qui empruntaient le détroit avant le début de la guerre au Moyen-Orient, et cela ne concerne ni le gaz, ni les produits raffinés.
Selon le quotidien économique Financial Times, le géant de la logistique DP World, contrôlé par le gouvernement des Emirats arabes unis, prévoit d’investir des centaines de millions d’euros dans les infrastructures portuaires sur son littoral du Golfe d’Oman, afin de réduire sa dépendance vis-à-vis du détroit. Le trafic de containers a été détourné via des corridors terrestres qui passent par la Syrie, l’Irak, la Turquie, ou par les ports saoudiens de la mer Rouge.
L’accès à la mer Rouge et au canal de Suez par le détroit de Bab Al-Mandeb, est toutefois de plus en plus fragile. Celui-ci est contrôlé par les rebelles Houthis au Yémen, soutenus par l’Iran. Or le gouvernement yéménite, appuyé par l’Arabie saoudite, a affirmé lundi avoir frappé l’aéroport de la capitale Sanaa situé sur leur territoire, ravivant les tensions, après des années de répit. Les Houthis ont promis de riposter. ils pourraient mener des attaques et perturber les passages de navires sur le détroit comme en décembre 2023, ce qui aurait des répercussions régionales et mondiales sur le trafic maritime.