Des alertes satellites pour mieux traquer les blooms : les citoyens au cœur de la surveillance du phytoplancton

 
Le programme de science participative Phenomer franchit une nouvelle étape. Avec Phenomer 2.0, la surveillance des proliférations de microalgues sur le littoral français s’enrichit désormais d’un système d’alerte basé sur l’imagerie satellite. Grâce à cette nouvelle fonctionnalité, les citoyens peuvent être informés de l’apparition possible d’eaux colorées en cours près de chez eux et contribuer directement aux observations de terrain. Une avancée majeure pour améliorer la détection des blooms de phytoplancton et mieux comprendre ces phénomènes naturels.
 

Observer les blooms de phytoplancton

 

Dans certaines conditions favorables de lumière, de température ou de disponibilité en nutriments, le phytoplancton peut se multiplier rapidement. Ces organismes microscopiques forment alors des proliférations massives, appelées « blooms », parfois visibles à l’œil nu lorsqu’ils colorent la mer ou la rendent bioluminescente.

Naturels, ces blooms font néanmoins l’objet d’une surveillance attentive. Certains peuvent avoir des impacts sur les écosystèmes marins, l’aquaculture ou les activités de loisirs. Lorsqu’ils deviennent fréquents ou inhabituels, ils peuvent également témoigner de déséquilibres environnementaux.

Depuis plusieurs années, le programme Phenomer permet aux citoyens de signaler ces phénomènes en transmettant des photographies et la localisation des eaux colorées observées. Ces signalements complètent efficacement les dispositifs scientifiques de surveillance existants, notamment le REPHY, le Réseau de surveillance du phytoplancton et des phycotoxines, coordonné par l’Ifremer. Une étude menée en 2020 a montré que près de 60 % des efflorescences signalées via Phenomer n’auraient pas été détectées autrement.

 

Un nouvel outil d’alerte grâce aux satellites européens

 

La principale nouveauté de Phenomer 2.0 est la mise en place d’un outil d’alerte s’appuyant sur les satellites européens Sentinel-2 et Sentinel-3 du programme Copernicus.

Cet outil basé sur un modèle d’intelligence artificielle a été développé par des scientifiques de l’Ifremer et du laboratoire ISOMer de Nantes Université spécialisés dans la détection des blooms de phytoplancton par imagerie satellite. Il permet d’estimer la probabilité d’apparition de ces phénomènes en s’appuyant sur des observations d’eaux colorées déjà recensées et sur les mesures de chlorophylle réalisées quotidiennement par les satellites Sentinel. 

Des cartes de probabilité d’apparition de blooms de phytoplancton sont ainsi publiées chaque jour sur le site Phenomer.

Les utilisateurs peuvent les consulter et également s’abonner à des alertes par e-mail ou via l’application Phenomer pour être informés de ces événements dans leur zone géographique.

Ils sont ensuite invités à se rendre sur le terrain pour confirmer l’observation du bloom, prendre des photos et, si possible, réaliser des prélèvements d’eau. 

Ce nouveau dispositif renforce l’implication des citoyens et améliore, grâce à la complémentarité entre données satellitaires et sciences participatives, la réactivité et la couverture de la surveillance sur l’ensemble du littoral métropolitain.

 

Une découverte scientifique majeure en baie de Concarneau

 

L’été 2024 a marqué un tournant pour le programme Phenomer. À la suite d’un épisode d’eaux colorées observé en baie de Concarneau, des prélèvements réalisés dans le cadre du dispositif ont permis d’identifier une nouvelle classe de phytoplancton, jusqu’à présent inconnue.

Cette découverte scientifique, rendue possible grâce à la mobilisation des participants et à la réactivité du réseau d’observation, fait actuellement l’objet d’une publication scientifique en cours de finalisation.

Elle illustre pleinement l’intérêt des sciences participatives pour renforcer les capacités de surveillance et contribuer à l’avancée des connaissances sur la biodiversité marine.

Source : Ifremer