Les annonces du gouvernement pour la protection de l’océan jugées peu ambitieuses
12 juin 2026
12 juin 2026
Un an après la Conférence des Nations unies sur l’océan de juin 2025 à Nice, et alors que les écosystèmes marins subissent des bouleversements croissants, le gouvernement français a voulu marquer le coup. Lundi 8 juin, Journée mondiale de l’océan, l’exécutif a en effet donné un coup de projecteur sur quelques menues nouveautés hexagonales, à l’occasion du Neptune Forum, un événement international organisé au Muséum national d’histoire naturelle (Paris) et réunissant entre autres diplomates et experts scientifiques.
Le rendez-vous a permis à la diplomatie océanique tricolore de réaffirmer ses efforts et son influence sur plusieurs dossiers cruciaux, dont la protection des fonds marins menacés par la convoitise de l’industrie minière. Mais pas seulement : les ministres de la transition écologique et de la mer et de la pêche françaises, Monique Barbut et Catherine Chabaud, ont aussi présenté un plan de lutte contre les déchets plastiques en mer et se sont félicitées de la labellisation de trois nouvelles aires marines protégées.
Concrètement, trois espaces maritimes s’étendant sur un peu plus de 900 000 kilomètres carrés – essentiellement dans les Terres australes et antarctiques françaises, mais aussi en Guadeloupe et dans la baie d’Audierne, en Bretagne – sont désormais considérés comme des zones de « protection forte », des endroits interdisant ou limitant des activités comme la pêche ou le tourisme. Une décision qui vient reconnaître un certain niveau de protection dans ces espaces où des règles sont prises pour protéger la biodiversité et les milieux, mais qui n’implique toutefois pas de nouvelles mesures, confirme le gouvernement au Monde.
L’exécutif cherche notamment à remplir une promesse faite lors de la conférence des Nations unies : passer de 4,8 % à 14,8 % des eaux françaises en protection forte d’ici à 2026 – c’est désormais chose faite, à environ un dixième de pourcentage près. L’année dernière, lors de la grand-messe diplomatique niçoise, qui avait réuni une soixantaine de chefs d’Etat et de gouvernement, le sujet avait été au cœur d’un long imbroglio.
Alors que de nombreux pays s’apprêtaient à annoncer leurs engagements en matière d’aires marines protégées, notamment dans le but d’atteindre l’objectif international de protéger 30 % de l’océan d’ici à 2030, l’ampleur des annonces de l’Hexagone en la matière avait été largement remise en cause. L’affaire avait généré de la confusion. Un an plus tard, plusieurs associations regrettent le manque d’avancées, notamment dans les eaux métropolitaines. « A l’heure où la biodiversité s’effondre, le gouvernement rejoue avec ces labellisations la partition de la conférence de Nice », critique Swann Bommier, de l’association Bloom, qui déplore une « stratégie de communication ».
Le plan d’action interministériel 2026-2030 de lutte contre les déchets plastiques en mer, décidé le 26 mai 2025 et présenté par Mme Chabaud sur les quais de Seine à Paris, était, quant à lui, attendu depuis de long mois. La feuille de route contient près de 50 actions, allant de la résorption des décharges littorales à l’amélioration de la connaissance des flux de plastique.
De l’avis de l’association Surfrider, si le document marque « la volonté du gouvernement d’avancer » et inclut des actions concrètes notamment sur la gestion des biomédias, des supports en plastique utilisés dans certaines stations d’épuration, le tout manque d’ambition. « La question de la production effrénée de plastique, c’est l’éléphant dans la pièce et elle n’est pas vraiment prise en compte dans cette feuille de route », estime Lisa Pastor, de l’association Surfrider.