Pollution des mers : c’est quoi ces nouveaux filets à moules biodégradables que les poissons peuvent manger ?

 

Face à la pollution plastique en mer, des mytiliculteurs installés dans la Manche expérimentent les filets biodégradables jusqu’en septembre 2027. Une innovation destinée à réduire l’impact de la pêche et de l’aquaculture sur les océans.

Ce sont des filets biodégradables spécialement conçus pour l’élevage de moules. Du laboratoire où ils sont fabriqués près de Caen (Calvados) à leur utilisation par des mytiliculteurs de la Manche, le microplastique suit un long processus de transformation.

 

L’amidon complète le pétrole

 

À l’origine des filets, il y a des petites billes blanches qui ressemblent à du plastique. C’est la matière première à l’état brut. Dans la majorité des cas, ces billes de plastique sont issues de l’industrie pétrolière mais dans ce laboratoire situé à Mondeville, on travaille à partir de matière végétale.

On va partir d’amidon de maïs qu’on va faire fermenter. Cette fermentation va créer des chaînes de molécules qu’on récupére pour fabriquer notre matière première

Vincent Pesquinelli, Responsable de production Natureplast

 

Le plastique n’est pas cent pour cent d’origine végétale, il faut ajouter un liquide d’origine pétrolière, un liant synthétique qui renforce la solidité, la stabilité de la molécule. « Cela n’empêche pas la biodégradabilité. Notre plastifiant d’origine pétrolière est biodégradable. Dans le milieu marin cette matière pourra être ingérée, par exemple par des poissons, et digérée » précise encore Vincent Pesquinelli.

C’est donc une matière première idéale qui combine les avantages du plastique traditionnel sans les inconvénients liés à la pollution dans le milieu naturel.

Ces billes de plastique, matière première d’objets transformés ont l’apparence du plastique traditionnel mais sans les inconvénients. • © S.Lemaire / France Télévisions

Ce produit est encore en phase de test. Du laboratoire à la production industrielle, il y a nécessairement des phases d’ajustement, de réglage.

 

La fabrication des filets

 

Du laboratoire, les billes de plastique sont envoyées à Lille chez un industriel qui en tire un fil. Ce fil est renvoyé chez Filt à Mondeville, un industriel spécialisé, partenaire de ce projet. Ici, les bobines de fil deviennent filet après tricotage et filage.

On a un produit qui est abouti parce qu’on a les bons granulés, on a la bonne filature, et derrière il faut qu’on ait un fil qui soit tricotable et qu’on puisse tricoter à une vitesse optimum pour pouvoir être compétitif sur le marché.

Jean-Philippe Cousin, Président de Filt, en charge de la recherche et développement

 

Pour l’industriel, travailler avec des matières biodégradables pour produire ces filets à moules, c’est résoudre plusieurs difficultés :

  • le défi environnemental,
  • la résistance des matériaux,
  • rester compétitif par rapport aux produits pétrosourcés et non biodégradables.

« Pour l’instant, les premiers filets à moules ont été mis au point au mois d’octobre 2025, donc ça fait plusieurs mois d’observation sur le terrain. Le filet est prometteur mais il faut qu’on aille jusqu’au bout du process de culture des moules« , précise encore Jean-Philippe Cousin.

 

Le test auprès des professionnels

 

Pour le moment, ces filets biodégradables sont installés chez deux mytiliculteurs qui se sont portés volontaires pour les tester. À Bricqueville, dans la Manche, Vincent Onfroy a placé ces filets sur les bouchots où il élève ses moules. « Pour le moment le filet tient ses promesses en termes de résistance et de biodégradabilité » assure-t-il. Pour le mytiliculteur le vrai test va se dérouler dans le temps.

Source : France 3