Balancer des tonnes de roche verte dans l’océan pour sauver la planète est apparemment une bonne idée

Faire disparaître du CO₂ en répandant de la poudre d’olivine broyée dans l’océan? L’idée peut sembler sortie d’un roman de science-fiction climatique. Pourtant, elle est étudiée très sérieusement par plusieurs équipes de scientifiques depuis plusieurs années. Le premier essai réalisé au large des côtes de l’État de New York a apporté des signaux encourageants: cette technique innovante ne semble pas perturber l’écosystème marin, du moins au cours de sa première année d’observation, rapporte New Scientist.

Aujourd’hui, les technologies d’élimination du carbone occupent une place de plus en plus centrale pour atteindre la neutralité carbone. Alors que les émissions mondiales continuent de grimper en flèche, éloignant un peu plus l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré au-dessus des niveaux préindustriels, les espoirs se tournent vers ces technologies révolutionnaires.

L’olivine est un minéral vert composé de silicate de magnésium et de fer, naturellement présent dans certaines roches du manteau terrestre. Lorsqu’elle atteint la surface, elle réagit naturellement avec le CO₂ dissous dans l’eau de pluie pour former des métaux –des silicates et du bicarbonate. Dans l’océan, ce composé est capable de capturer le carbone et de l’enfermer pendant des milliers d’années.

Selon plusieurs estimations scientifiques, la dispersion d’olivine broyée et d’autres silicates sur des terres agricoles pourrait permettre d’éliminer jusqu’à 1,1 milliard de tonnes de CO₂ chaque année. La start-up américaine Vesta veut aller encore plus loin, en proposant de déverser l’olivine directement dans l’océan. Problème: ce minéral contient des traces de métaux lourds susceptibles de perturber la faune maritime. De surcroît, ce sable riche en magnésium et en fer pourrait étouffer les organismes marins.

 

Une première expérience menée en 2022

 

C’est précisément pour répondre à ces interrogations que l’expérience a été lancée. En 2022, Vesta a déposé 650 tonnes de sable d’olivine le long d’une plage de Long Island, dans l’État de New York, en complément des 13.500 tonnes de sable classique utilisées pour renforcer le littoral. Les marées et les vagues ont ensuite transporté les grains vers le large.

Un an plus tard, les chercheurs ont comparé les sédiments présents dans les eaux peu profondes avec des échantillons provenant de zones voisines, exemptes d’olivine. Le verdict est tombé: parmi les dizaines d’espèces observées, une seule –le fringed blood worm ou ver de sang à franges– a vu sa population diminuer dans la zone concernée. Les concentrations de nickel, de chrome, de cobalt et de manganèse relevées dans les organismes sont restées faibles.

 

Prudence toutefois

 

«Le système naturel est tellement dynamique que les éléments dissous sont très rapidement dilués», explique Emilia Jankowska, directrice de l’écologie pour l’organisation Hourglass Climate, qui a participé à l’expérimentation. Les experts restent néanmoins prudents. La dissolution de l’olivine dans l’océan pourrait également favoriser la précipitation du carbonate de calcium hors de l’eau, avec des conséquences encore mal comprises.

«Cette étude est essentielle pour passer d’une compréhension en laboratoire aux interactions dans le monde réel», reconnait Christopher Pearce, responsable du groupe de biogéochimie marine du National Oceanography Centre, au Royaume-Uni. «D’autres essais sont nécessaires pour comprendre les différentes réponses biologiques ainsi que les différents taux d’absorption du CO₂», nuance-t-il.

James Kerry, expert au sein de l’ONG OceanCare, semble beaucoup plus sceptique. Il estime que l’étude reste trop limitée pour conclure à l’innocuité de la technique. «L’absence apparente d’accumulation [d’olivine] pourrait refléter une exposition limitée et n’indique pas que le matériau soit intrinsèquement sûr», étaye-t-il.

En attendant, Hourglass Climate suit désormais les impacts d’un projet beaucoup plus ambitieux. En 2024, Vesta a immergé 8.200 tonnes d’olivine à 450 mètres au large de Duck, en Caroline du Nord. Les résultats préliminaires semblent montrer que l’abondance et la diversité des espèces marines se sont progressivement rétablies. L’analyse de l’accumulation de métaux, elle, est encore en cours. Reste à savoir si cette géo-ingénierie minérale pourra réellement devenir une solution climatique à grande échelle.

Source : Slate.fr