Ile Maurice: Ramgoolam veut faire du pays la capitale africaine du «de-risking» financier
15 mai 2026
15 mai 2026
Le Premier ministre mise sur la finance climatique, l’économie bleue et une «architecture de confiance» pour attirer les grands capitaux vers l’Afrique. À Nairobi, au sommet Africa Forward, Maurice a exprimé son souhait de saisir la balle au bond : après les discours d’Emmanuel Macron, du président kényan William Ruto, du secrétaire général de l’ONU António Guterres et de plusieurs dirigeants africains plaidant pour une nouvelle architecture financière mondiale plus favorable à l’Afrique, Navin Ramgoolam et ses proches collaborateurs veulent désormais positionner Maurice comme la future capitale africaine du de-risking financier.
Le concept, omniprésent dans les couloirs du sommet, consiste à réduire les risques pesant sur les investissements en Afrique afin d’attirer enfin les grands capitaux internationaux vers les infrastructures, l’économie bleue, l’intelligence artificielle, les énergies renouvelables ou encore la finance climatique. Et les montants annoncés à Nairobi donnent la mesure des ambitions.
Selon les documents officiels du sommet, les engagements cumulés atteignent 23 milliards d’euros, dont 14 milliards d’euros d’investissements français sur le continent africain. Dans le détail, 4,3 milliards d’euros concernent la transition énergétique, 3,76 milliards l’économie numérique et l’intelligence artificielle, et 3,3 milliards l’économie bleue.
«Le continent offre souvent les rendements les plus élevés du monde, mais continue d’attirer une part marginale des flux financiers mondiaux à cause des risques réglementaires, politiques ou monétaires», expliquent les principaux collaborateurs de Ramgoolam à l’express.
C’est précisément dans cet espace que Maurice veut désormais se positionner. Le Premier ministre, accompagné du junior minister aux Finances, Dhaneshwar Damry, de celui à l’Agro-industrie, Fabrice David, de l’ambassadeur de Maurice à Paris, Joël Rault, et de représentants du secteur financier mauricien, a ainsi multiplié les rencontres avec banques de développement, investisseurs institutionnels et entrepreneurs africains. L’objectif : faire de Maurice une plateforme régionale capable de structurer, sécuriser et canaliser les investissements destinés à l’Afrique.
Le pari mauricien repose sur une idée simple : dans un monde fragmenté et instable, les investisseurs recherchent avant tout des juridictions stables, prévisibles et capables d’offrir des garanties juridiques et financières solides. Maurice entend justement capitaliser sur ses accords fiscaux, son centre financier international, son expertise en arbitrage et sa proximité avec l’Afrique, l’Inde, le Golfe et l’Europe pour devenir cette plateforme intermédiaire de confiance.
Dans le jargon financier, le de-risking passe par des garanties publiques, des assurances climatiques, des fonds de partage des pertes ou encore des mécanismes paramétriques permettant de déclencher automatiquement des compensations en cas de catastrophe climatique. Ces outils deviennent essentiels alors que les investissements massifs annoncés à Nairobi ciblent des secteurs à forte intensité de capital : ports, câbles sous-marins, intelligence artificielle, réseaux énergétiques, hydrogène vert ou infrastructures hospitalières.
Parmi les annonces phares figurent notamment 2 milliards d’euros de TotalEnergies dans les énergies renouvelables africaines, 3 milliards d’euros de Canal+ dans l’audiovisuel africain, près d’un milliard d’euros pour un câble sous-marin Orange reliant l’Europe à l’Afrique, ou encore 1,7 milliard d’euros d’investissements portuaires de CMA CGM. Derrière cette stratégie, Maurice voit une opportunité économique majeure : attirer vers Port-Louis une partie des flux financiers qui contournaient jusqu’ici largement l’île.
Le gouvernement espère ainsi stimuler la fintech, les services juridiques, la cybersécurité, l’ingénierie financière et les emplois hautement qualifiés. Maurice ne veut plus être seulement le lieu où l’on structure les opérations africaines ; elle veut devenir le lieu où l’on pense, conçoit et pilote la finance africaine pour le développement inclusif.