Élevage de saumons sur terre : trop de défis pour se maintenir à flot?
30 avril 2026
30 avril 2026
Alors que la fin de la salmoniculture en enclos à filet ouvert doit avoir lieu d’ici 2029 en Colombie-Britannique, l’aquaculture terrestre pourrait-elle devenir une solution? Selon un expert et un entrepreneur ayant tenté l’aventure, il existe de multiples obstacles.
Pêches et Océans Canada recense 70 installations d’aquaculture terrestre (nouvelle fenêtre) dans la province, dont 31 autorisent l’élevage du saumon, principalement en écloserie
.
Dans le plan de transition de 2024 (nouvelle fenêtre), on pouvait lire qu’une approche coordonnée
doit permettre de soutenir la mise à l’essai et l’adoption de technologies aquacoles innovantes et propres, dont l’élevage en parcs clos en mer et sur terre
. Deux ministères (MPO et ISDE) n’ont pas répondu à nos questions sur l’avenir de l’aquaculture terrestre dans la province.

Les installations d’aquaculture terrestre dans le sud de la Colombie-Britannique.
Steve Atkinson, fondateur de Taste of BC, qui détient une ferme aquacole de saumon arc-en-ciel créée en 2012 à Nanaimo, estime que l’aquaculture terrestre n’a pas d’avenir
en Colombie-Britannique.
Il se passe des choses dans certains endroits du monde, ce n’est tout simplement pas le cas en Colombie-Britannique. À ce jour, aucune installation terrestre, quelle qu’elle soit, n’est rentable.
S’il assure que les données scientifiques existent désormais et que l’aquaculture terrestre va connaître un grand succès
, il pense que la Chine sera probablement le principal centre de production
.

Un employé de Little Cedar Falls, une ferme lancée par Taste of BC, avec des saumons arc-en-ciel.
Folie temporaire
En 2012, quand Steve Atkinson s’est lancé dans l’élevage des saumons sur terre, c’est sous le coup d’une folie temporaire
, dit-il en riant. Huit ans plus tard, la ferme produit 118 tonnes de poisson destinées au marché
et dégage un bénéfice.
L’apprentissage a cependant été rude, entre la maturation précoce des saumons à cause du déversement d’hormones dans l’eau, un goût parfois désagréable, et le fait d’élever ces poissons en milieu fermé.
Chaque fois que nous apprenions quelque chose et résolvions un problème, trois autres apparaissaient.

Pourtant, Steve Atkinson avait choisi une espèce qu’il pensait « plus facile que toutes les autres ». Il assure que son expérience « a prouvé que l’élevage de saumons sur terre pendant tout leur cycle de vie était beaucoup plus difficile qu’on aurait pu le prédire ».
Photo : Fournie par Steve Atkinson/Dirk Heydemann
À ses yeux, il existe deux obstacles presque insurmontables
: le régime réglementaire et l’électricité.
Steve Atkinson pense que le MPO n’est pas à même de réguler l’aquaculture terrestre qui se rapproche, dit-il, davantage de l’agriculture. Du côté de l’électricité, le réseau sur l’île de Vancouver est insuffisant pour alimenter plus de deux ou trois fermes, affirme-t-il.

Une installation d’aquaculture terrestre.
Professeur adjoint d’aquaculture à l’Université de Guelph, David Huyben ajoute qu’il faut beaucoup d’eau, puisée dans la mer ou dans un aquifère, même dans un système d’aquaculture en recirculation (SAR), et alors qu’on demande de plus en plus aux fermes d’économiser l’eau.
Les installations terrestres peuvent être situées n’importe où, généralement à proximité des marchés où le poisson sera consommé. Il est donc préférable de les installer près de Vancouver, de Toronto ou de New York, ces grands centres urbains, afin de réduire les coûts de transport du poisson vers ces marchés.
Une industrie de niche
David Huyben assure que l’aquaculture terrestre est assez difficile
au Canada, et que en Ontario, par exemple, il y a surtout de petites installations, voire des systèmes aquaponiques où l’élevage de poissons et la culture de légumes s’entremêlent.
Pour David Huyben, le coût reste la raison principale qui freine l’expansion de l’industrie. On a besoin d’un investisseur disposant d’un capital important.
Or, dit-il, l’industrie n’a plus grande confiance dans ce processus à cause de l’implication du secteur politique.

« [Le gouvernement] devrait davantage soutenir le secteur, comme on a pu le constater dans des cas de réussite retentissante, par exemple au Japon, au Chili et en Norvège, où des sommes importantes provenant d’investissements pétroliers ou autres, notamment technologiques, ont été investies dans l’aquaculture », estime David Huyben (à droite).
Photo : Fournie par David Huyben
David Huyben pense qu’il y aura tout de même des investissements en Colombie-Britannique, que quelques fermes s’installeront, mais que beaucoup d’élevages disparaîtront et qu’ils ne seront pas transférés sur terre, car ce n’est tout simplement pas rentable
.
L’aquaculture terrestre n’est pas parfaite
et il arrive que des milliers de poissons meurent dans des accidents, raconte-t-il. Ce secteur d’activité reste une niche
.
Il y a beaucoup de coûts, et ils sont généralement trop élevés par rapport au prix obtenu au kilo ou à la livre pour ces poissons, ce qui rend l’exploitation peu rentable. C’est pourquoi les fermes aquacoles terrestres se concentrent sur des espèces comme le saumon atlantique, le saumon ou la truite arc-en-ciel, car elles se vendent plus cher au kilo ou à la livre, même si leur production reste très coûteuse.
Pour produire un seul élevage de poissons en enclos à filet ouvert, il faudrait un terrain presque aussi grand qu’un hangar à avions, avec des dizaines et des dizaines de bassins pour produire autant de poissons que cet élevage.

Les coûts de maintenance sont aussi à prendre en compte, avec d’énormes pompes, des chauffages, des refroidisseurs, des systèmes d’éclairage, des capteurs, nécessitant de l’électricité sans interruption, selon David Huyben.
Photo : Fournie par Steve Atkinson/Dirk Heydemann
Vendre des actions plutôt qu’élever des poissons
Steve Atkinson fait remarquer que les terrains disponibles sur l’île de Vancouver sont souvent ceux des anciennes scieries qui ont laissé de nombreux produits chimiques dans l’environnement. Il est peu probable qu’on y produise un poisson qui ait bon goût.
Alors que Taste of BC a fusionné avec une entreprise américaine et que cette démarche s’est terminée en queue de poisson, Steve Atkinson considère que beaucoup d’acteurs souhaitent vendre des actions plutôt qu’élever des poissons.
Il ne regrette cependant pas d’avoir tenté l’aventure et contribué à la science.
Nous avons établi une collaboration avec des personnes du monde entier. […] Nous avons publié une grande partie de nos résultats. […] Nous avons prouvé que c’était possible.