Faute d’alternative viable pour traverser les océans, Hyundai tente de craquer le verrou fossile du transport maritime avec le nucléaire pour ses porte-conteneurs
23 avril 2026
23 avril 2026
Le géant sud-coréen de la construction navale développe un concept de porte-conteneurs nucléaire propulsé par un petit réacteur modulaire. Ce navire pourrait naviguer sans émettre de carbone sur les plus longues routes maritimes.
La décarbonation du transport maritime se heurte à un paradoxe technique majeur. Les batteries offrent une solution viable sur les trajets courts, mais les traversées océaniques exigent une densité énergétique que seuls les combustibles fossiles fournissent aujourd’hui. Le projet de porte-conteneurs nucléaire porté par Hyundai propose une alternative radicale à ce verrou technologique.
HD Korea Shipbuilding and Offshore Engineering, la division navale de Hyundai, a signé en mars 2026 un accord de développement conjoint avec l’American Bureau of Shipping (ABS). L’objectif consiste à concevoir le premier porte-conteneurs commercial propulsé par un réacteur nucléaire modulaire, d’une capacité de 16 000 EVP (équivalent vingt pieds). Ce navire serait équipé d’un système de propulsion électrique à double hélice, alimenté directement par un petit réacteur de type SMR (réacteur modulaire de petite taille).
Le concept repose sur un réacteur à sels fondus utilisant du thorium comme combustible. Ce choix technologique présente plusieurs avantages en matière de sécurité. En cas d’urgence, le sel de refroidissement peut se solidifier et stopper la réaction nucléaire de manière passive. Une double enceinte en acier inoxydable protège par ailleurs le réacteur contre les agressions extérieures. Contrairement au fioul lourd, cette source d’énergie n’émet aucun dioxyde de carbone pendant la navigation.
Le transport maritime représente environ 3% des émissions mondiales de CO2 d’origine humaine. L’Organisation maritime internationale impose une réduction de 20% de ces émissions d’ici 2030 et vise la neutralité carbone en 2050. Plusieurs pistes existent pour atteindre ces objectifs, parmi lesquelles l’électrification par batteries, l’hydrogène et les voiles assistées par ordinateur. Toutefois, aucune de ces solutions ne répond pleinement aux besoins des plus grands cargos sur les routes transocéaniques.
Les batteries restent trop lourdes et volumineuses pour propulser un navire de 16 000 EVP sur des milliers de kilomètres. L’hydrogène bleu, produit à partir de gaz naturel, ne constitue qu’une solution transitoire. Le nucléaire offre en revanche une densité énergétique comparable à celle des combustibles fossiles, avec l’avantage de supprimer les émissions de carbone. Cette technologie a d’ailleurs fait ses preuves depuis des décennies sur les porte-avions et les sous-marins militaires.
Hyundai n’est pas seul sur ce créneau. Samsung Heavy Industries a obtenu en 2025 la première approbation de principe au monde pour un méthanier propulsé par un réacteur à sels fondus de 100 mégawatts thermiques, selon Riviera Maritime Media. La Chine développe également un projet de porte-conteneurs au thorium, tandis que la Norvège explore ses propres concepts de propulsion nucléaire civile.
Des obstacles réglementaires et sociétaux considérables subsistent néanmoins. L’encadrement international de la propulsion nucléaire civile en mer reste embryonnaire, et l’acceptation publique de réacteurs dans les ports commerciaux n’est pas acquise. De plus, la construction et la maintenance de tels navires exigeraient des infrastructures portuaires spécialisées avec des protocoles de sécurité bien plus stricts. La viabilité commerciale de ces projets dépendra autant des avancées techniques que de l’évolution du cadre réglementaire mondial.