« La crise du détroit d’Ormuz rappelle que les mers ne sont plus des espaces de liberté, mais des territoires dont le contrôle se monnaye »
16 avril 2026
16 avril 2026
L’emprise du régime iranien sur ce petit bout de mer prouve a contrario l’utilité du droit international, lorsqu’il est respecté par tous, contrairement à tout ce que croit Donald Trump, rappelle Julien Bouissou, journaliste au « Monde », dans sa chronique.
e face-à-face entre l’Iran et les Etats-Unis autour du détroit d’Ormuz révèle une tendance plus globale : les mers cessent d’être des espaces ouverts pour devenir des territoires comme les autres. Les Etats reprennent le contrôle de ces espaces de liberté, par où transitent 90 % des échanges de marchandises, et qui ont permis à la mondialisation économique de se déployer au cours des trois dernières décennies. La convention des Nations unies sur le droit de la mer, signée en 1982 à Montego Bay (Jamaïque), garantit pourtant le libre passage en transit dans les détroits, et la liberté quasi totale de navigation en haute mer. Mais ce sont surtout les Etats-Unis qui, pour continuer à bénéficier de la mondialisation, ont défendu cette liberté de navigation avec leur puissante flotte navale.
Cette hégémonie américaine sur les mers s’est effritée, concurrencée par la Chine, d’autant plus que les Etats-Unis ne se considèrent plus comme les bénéficiaires de la mondialisation fondée sur le libre-échange. Pékin revendique la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale et bétonne les îlots disputés pour y construire des infrastructures tout en renforçant la présence de ses gardes-côtes. Le détroit de Bab Al-Mandeb, à l’entrée de la mer Rouge, qui donne accès au canal de Suez, est déserté par les porte-conteneurs depuis les attaques des rebelles houthistes, en décembre 2023. Mais c’est sans doute le contrôle par l’Iran de la crise du détroit d’Ormuz qui symbolise le mieux le déclin de l’hégémonie américaine.