Le jour de gloire des climatosceptiques : le patron de l’Agence de protection de l’environnement des Etats-Unis piétine la science lors d’une conférence à Washington
10 avril 2026
10 avril 2026
Dans les salons d’un hôtel donnant sur la Maison Blanche, une scène inédite s’est jouée, mercredi 8 avril. Pour la première fois dans l’histoire de l’Agence de protection de l’environnement des Etats-Unis (EPA), son administrateur, Lee Zeldin, est venu délivrer un discours en ouverture d’une conférence de deux jours organisée par le Heartland Institute, l’un des bastions les plus influents du climatoscepticisme dans le pays.
Le symbole est lourd. L’EPA, créée pour protéger la santé publique et l’environnement, s’associe ouvertement avec un cercle de réflexion qui conteste la réalité du changement climatique. Fondé en 1984 et financé, notamment, par des institutions proches de grands groupes pétroliers, le Heartland Institute n’a cessé de combattre la science climatique et de véhiculer le doute.
Face à un public qui l’a ovationné, Lee Zeldin a multiplié les contrevérités sur la crise climatique. Il a taclé les précédentes administrations qui auraient ignoré « ce que le dioxyde de carbone apporte de positif et de nécessaire à la vie sur la planète » – un argument climatosceptique rebattu, affirmant que le CO2 est bon pour les plantes.
Ne rechignant pas à recourir à une rhétorique complotiste, l’administrateur, nommé par Donald Trump, a également fustigé la « cabale » de l’« élite et la classe dirigeante » qui décideraient des choix de modèles climatiques, de méthodologies, etc. « Nous ne nous contentons pas de suivre aveuglément les prévisions catastrophistes du moment, a-t-il assuré. Nous ne souscrivons pas à l’idée que la fin du monde est imminente. »
Lee Zeldin s’est également félicité d’avoir abrogé un pilier juridique de la politique climatique américaine, le « constat de mise en danger ». Ce texte, établi par l’EPA en 2009, caractérise les dangers du réchauffement. Sa récente révocation a débouché sur l’annulation des régulations limitant les émissions de gaz à effet de serre des véhicules.
Le consensus scientifique est pourtant irréfutable : la Terre a gagné 1,2 °C depuis l’ère préindustrielle en raison des émissions humaines, principalement liées à la combustion du charbon, du pétrole et du gaz. La hausse du thermomètre accroît la fréquence et l’intensité des événements extrêmes, tels que les canicules, inondations ou sécheresses.
La négation de ces faits n’est pas nouvelle de la part de l’EPA. En décembre 2025, elle avait supprimé les mentions du rôle joué par l’homme, laissant accroire que le réchauffement serait lié à des phénomènes naturels, comme l’activité solaire. L’agence suit la ligne du président américain, Donald Trump, ouvertement climatosceptique, qui mène une attaque sans précédent contre les sciences du climat et les régulations environnementales. « Cette administration bafoue la science et les preuves dans le but de justifier l’allègement des responsabilités imposées aux pollueurs issus des énergies fossiles », dénonce Julie McNamara, de l’ONG Union of Concerned Scientists.
Le discours de Lee Zeldin va encore plus loin. En célébrant la « réhabilitation » des climatosceptiques, présentés comme des visionnaires, il acte la fin de toute expertise scientifique au sein de l’administration Trump au profit de convictions idéologiques. Ce basculement a été brandi comme une victoire par le président du Heartland Institute. Jusqu’alors, a rappelé James Taylor mercredi, les républicains, « alliés traditionnels » du cercle de réflexion, ne voulaient pas s’afficher à ses côtés en raison de son climatoscepticisme. « Comme les temps ont changé », s’est-il félicité.
La bataille culturelle n’est cependant pas terminée. De nombreux Etats américains et des ONG ont déposé des recours en justice pour annuler la révocation du « constat de mise en danger ». Fin mars, plus de 160 organisations environnementales et de santé publique ont également réclamé le départ de Lee Zeldin.