Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique : Le déjeuner des éditorialistes donne le ton de la 10e édition
3 avril 2026
3 avril 2026
En prélude de la 10e édition du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité écurité en Afrique, prévue les 20 et 21 avril 2026, le ministère de l’Intégration africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur a organisé le traditionnel déjeuner des éditorialistes. La rencontre s’est tenue le samedi 28 mars 2026 à Dakar. « L’Agenda 2063 de l’Union africaine : quel(s) impact(s) sur la défense, la sécurité et la stabilité du continent ? » est le thème qui a été au cœur des échanges. Cette rencontre a également été l’occasion de dévoiler le programme de la 10e édition du Forum.
Porté par l’Union africaine (UA), l’Agenda 2063 constitue la feuille de route stratégique qui oriente la transformation du continent sur le long terme. Il incarne l’ambition des États africains de construire une Afrique intégrée, prospère et pacifique, fondée sur un développement inclusif et durable. Inspiré des idéaux panafricains, ce cadre vise à répondre aux défis structurels du continent en définissant les grandes priorités économiques, sociales et culturelles à l’horizon 2063, tout en plaçant les citoyens africains au cœur de cette dynamique de changement.
Pour atteindre les objectifs de cet agenda, le continent doit relever plusieurs défis. Lui qui est confronté à des conflits armés intra et interétatiques, à l’expansion du terrorisme international, aux effets néfastes des changements climatiques, à la criminalité transnationale organisée, aux pandémies et à la cybercriminalité. Ces problématiques contribuent à la fragilité économique ainsi qu’à l’instabilité politique et institutionnelle des États. Il est donc essentiel de mener des réflexions approfondies afin d’identifier des pistes de solutions.
Outre les éditorialistes sénégalais, cette rencontre a enregistré la participation de journalistes venus du Burkina Faso, de l’Angola, de l’Égypte, de la Gambie, de la Guinée, du Mali, du Maroc, de la Mauritanie et du Nigeria. La thématique du jour a été décortiquée par des experts de renom.
Le Pr Oumar Ndongo, de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), a abordé la thématique suivante : « Analyse des défis liés à l’atteinte des objectifs de défense et de sécurité de l’Agenda 2063, avec une évaluation de l’Architecture africaine de paix et de sécurité (APSA) ».
Dans sa communication, il a mis en lumière les principaux défis qui entravent la mise en œuvre effective de l’Agenda 2063 en matière de défense, de sécurité et de paix. Son analyse souligne d’abord le paradoxe entre l’idéal d’intégration africaine porté par l’Union africaine et la réalité d’une fragmentation persistante, marquée par des conflits internes, des tensions entre États et des divisions au sein des communautés économiques régionales.
L’évaluation de l’Architecture africaine de paix et de sécurité révèle plusieurs faiblesses structurelles. La dépendance financière vis-à-vis des partenaires extérieurs limite l’autonomie du continent, tandis que la Force africaine en attente peine encore à devenir pleinement opérationnelle en raison de contraintes logistiques, organisationnelles et doctrinales. À cela s’ajoute l’inadaptation partielle des mécanismes sécuritaires face aux nouvelles menaces asymétriques, notamment le terrorisme, la cybercriminalité et la piraterie.
Dans son analyse, Pr Oumar Ndongo insiste également sur la nécessité de renforcer la diplomatie préventive et les systèmes d’alerte précoce afin d’anticiper les crises plutôt que d’y répondre tardivement. La gouvernance s’impose comme un enjeu clé, les déficits démocratiques et les crises politiques contribuant au ralentissement du continent.
Enfin, la complexité de la coordination entre l’Union africaine, les organisations régionales et les partenaires internationaux constitue un frein à l’efficacité des interventions. Pour le Pr Oumar Ndongo, l’enjeu fondamental réside dans l’adhésion réelle des États africains à des valeurs communes, condition indispensable à la construction d’une architecture de paix et de sécurité durable.
Par la suite, c’est le Pr Alioune Sall, directeur exécutif de l’African Futures Institute, qui est intervenu. Il a abordé la thématique « Réflexion sur le renforcement de l’État de droit, la bonne gouvernance, la valorisation du capital humain et le partage des connaissances ».
Le professeur Alioune Sall insiste sur la nécessité de changer de regard sur la jeunesse africaine, souvent perçue à tort comme un facteur d’instabilité. Il souligne que les jeunes constituent, au contraire, des acteurs clés de la paix et doivent être pleinement associés aux dynamiques de construction de la stabilité sur le continent. Cette approche implique de lutter contre toutes les formes de discrimination et de promouvoir une véritable égalité des chances.
Dans la même logique, il met en avant le rôle central des femmes, dont l’exclusion des sphères de décision et de développement freine considérablement les progrès du continent. Pour lui, une Afrique puissante ne peut se construire sans une participation inclusive de toutes ses composantes sociales.
Enfin, le professeur Alioune Sall rappelle que le respect des droits humains constitue un pilier fondamental pour la réussite de l’Union africaine à travers l’Agenda 2063. Il souligne que la paix, la sécurité et le développement ne peuvent être atteints sans une gouvernance fondée sur les droits, la justice et l’inclusion.
« L’Afrique est un géant qui s’ignore »
Le Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique a eu lieu pour la première fois en 2014. À travers l’organisation de cet événement, le Sénégal prouve, une fois de plus, son attachement aux idéaux panafricanistes et sa volonté de contribuer activement à la paix sur le continent.
Le pays entend ainsi s’inscrire dans la vision de grands penseurs africains comme Cheikh Anta Diop, qui prônait la construction d’un continent uni, souverain et scientifiquement avancé.
Le déjeuner des éditorialistes a été présidé par le ministre de l’intégration africaine, des affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, Cheikh Niang. À la suite des communications, il a animé une conférence de presse pour présenter les grandes articulations de la 10e édition du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique.
L’événement se tiendra les 20 et 21 avril 2026 et sera placé sous le thème : « L’Afrique face aux défis de stabilité, d’intégration et de souveraineté : quelles solutions durables ? ». La rencontre aura lieu au Centre International de Conférence Abdou Diouf, à Diamniadio (à environ 30 km de Dakar). Elle réunira des décideurs, des experts et des acteurs engagés d’Afrique et d’ailleurs, venus échanger autour des grands enjeux du continent.
Dans son allocution, Cheikh Niang a rappelé que, dans un monde en pleine reconfiguration géopolitique, les défis sécuritaires, de stabilité, d’intégration et de souveraineté se posent avec une acuité particulière, tant au sein du continent africain que dans ses relations avec les autres acteurs de la scène internationale.
« L’édition de cette année, qui se veut celle de la maturité après neuf exercices réussis, offrira un large cadre de concertation et d’échanges à de nombreux hauts responsables politiques, ainsi qu’à des acteurs des secteurs de la sécurité et de la défense et à des chercheurs venus de tous les continents. Ils auront l’occasion de croiser leurs analyses afin de formuler des propositions de solutions durables, susceptibles d’inspirer les actions quotidiennes des décideurs. Face à la complexification constante des défis persistants qui assaillent l’Afrique, le Forum de Dakar 2026 entend promouvoir une vision élargie de la sécurité, intégrant les dimensions humaine, environnementale, économique, sanitaire et technologique, tout en respectant la souveraineté des États », a déclaré le ministre.
Cheikh Niang a également souligné que l’Afrique doit compter sur ses propres moyens, car il y va de sa souveraineté. Il a exprimé le souhait que l’Union africaine s’autofinance davantage et réduise sa dépendance vis-à-vis des financements extérieurs.
Selon lui, « l’Afrique est un géant qui s’ignore. Les Africains doivent prendre conscience de leur potentiel de développement. Malgré certaines insuffisances, l’Union africaine demeure une entité essentielle pour le développement du continent. Elle doit contribuer à la dignité de l’Afrique et porter davantage la voix du continent sur la scène internationale ».