Galápagos: forte baisse des activités illégales dans l’aire marine protégée
27 mars 2026
27 mars 2026
Le Traité de protection de la haute mer (BBNJ) est entré en vigueur le 17 janvier, ce qui déclenche l’organisation d’une Conférence des parties (COP) Océan. Une réunion préparatoire se tient à partir de ce 23 mars à New York. Cet accord universel permet de créer des aires marines protégées dans les eaux internationales, comme il en existe déjà dans les eaux de nombreux pays. C’est le cas aux îles Galapagos (Équateur). Comment ces aires sont-elles surveillées ? Entretien croisé avec deux spécialistes.
Protéger 30% de l’océan mondial : c’est l’objectif que les nations se sont fixé afin d’enrayer la très grave perte de biodiversité due aux activités humaines à laquelle notre planète est confrontée. Pour l’atteindre, il sera indispensable de créer des aires marines protégées en haute mer, cette partie des eaux internationales qui couvre 50% de la planète et constitue un bien commun.
Au sein de ces réserves, les oiseaux, les tortues, les poissons et les mammifères marins pourront migrer, se nourrir et se reproduire en toute sécurité, assurant la survie de l’ensemble de la chaîne alimentaire et des ressources halieutiques pour les humains.
C’est la mesure-clé du traité sur la haute mer (BBNJ pour l’acronyme anglais), un pacte international entré en vigueur en janvier dernier et dont les COP Océans devront assurer la mise en œuvre. La première se tiendra à New York fin 2026 ou début 2027. Une réunion préparatoire se tient ce 23 mars.
À lire aussiTraité BBNJ sur la haute mer: «On peut espérer les premières aires marines protégées entre 2028 et 2030»
En Amérique latine, l’une des réserves les plus emblématiques est celle des Galápagos, refuge d’espèces menacées, qui a été reconnue comme réserve de biosphère pour sa contribution particulière à la conservation des écosystèmes et à la recherche scientifique. En octobre 2025, la réserve Hermandad, d’une superficie de 60 000 km², a été ajoutée à cette réserve de biosphère afin de créer un véritable couloir migratoire entre les eaux protégées du Costa Rica et celles de l’Équateur.
Susana Cárdenas, professeure et directrice de l’Institut d’écologie de l’université de San Francisco de Quito et coprésidente du Galápagos Life Fund, qui canalise les ressources vers cette réserve, et Diana Vinueza, cheffe de projet de la Wildaid Foundation aux Galápagos, spécialiste de la surveillance des aires marines protégées.
RFI : Pourquoi a-t-on décidé d’agrandir la réserve des Galápagos en 2022 ? Quelle est la valeur écologique de cette nouvelle réserve ?
Susana Cárdenas : Les données scientifiques sont extrêmement importantes à cet égard. Dans le Pacifique, il y a des zones marines protégées importantes mais isolées. L’une des principales questions sur lesquelles la conservation devait se concentrer était donc la connectivité des zones protégées : était-il possible ou non d’étendre la réserve marine des Galápagos de manière à ce qu’elle ait des objectifs de conservation et de connectivité avec des zones importantes, par exemple la zone protégée de l’île Cocos au Costa Rica. Il existe déjà des preuves scientifiques montrant que des espèces migratrices menacées utilisent ces corridors, en particulier entre les Galápagos et l’île Cocos, comme voies de migration. Mais elles n’étaient pas protégées. Comme les requins-marteaux qui sont en danger critique d’extinction selon la liste rouge de l’UICN, des tortues de mer et plusieurs espèces de baleines. C’est la principale raison pour laquelle la réserve marine Hermandad a été créée : une réserve qui se connecte avec la zone de Bicentenario de l’île Cocos, par le Costa Rica, qui a également été créée en même temps que la réserve Hermandad, en Équateur.
Il existe différents niveaux de protection : même dans certaines zones marines protégées, la pêche est autorisée, parfois avec des techniques très agressives comme le chalutage ou la technique de la palangre. Qu’est-ce qui est permis et qu’est-ce qui est interdit dans la réserve de Hermandad ?
S.C. : La réserve marine de Hermandad offre une protection de 60 000 km². Cela signifie qu’aucune activité extractive ne peut avoir lieu ici, ni artisanale, ni industrielle. En outre, il y a deux bandes aux extrémités qui totalisent 30 000 km² supplémentaires de protection, où seule la pêche industrielle à la senne coulissante est autorisée parce qu’elle entraîne moins de prises accidentelles que la pêche à la palangre.
Les prises accidentelles ?
S.C. : Les prises accidentelles se produisent précisément lorsque nous utilisons des engins de pêche qui capturent, en plus des espèces ciblées, par exemple le thon, d’autres espèces non ciblées : requins, oiseaux de mer, tortues de mer. La palangre est une ligne de pêche avec des milliers d’hameçons. Et cela a pour effet d’augmenter la mortalité des espèces menacées et en voie de disparition.
Et pour que ces aires protégées ne deviennent pas des « réserves de papier », qui n’existent qu’en théorie, il est nécessaire de disposer d’une force navale capable d’intercepter les bateaux qui pêchent illégalement, par exemple. Diana Vinueza, expliquez-nous comment fonctionne le logiciel que vous utilisez pour surveiller l’activité marine, qui servira à appuyer les forces navales équatoriennes…
Diana Vinueza : Nous avons longtemps cherché la plateforme la plus efficace pour surveiller ces activités de pêche et nous avons trouvé la plateforme Themis, d’une société française [CLS, basée à Toulouse, NDLR], que nous utilisons depuis près de huit ans pour surveiller à la fois la réserve marine des Galápagos et la réserve marine de l’Hermandad. Cette plateforme présente des cartes sur un écran qui permettent de voir tous les navires collaboratifs qui naviguent dans la réserve marine. Collaboratif signifie que ces navires sont dotés de systèmes de suivi VMS (Vessel Monitoring System) et AIS (Automatic Identification system) qui permettent aux autorités de les suivre à distance. La flotte de pêche équatorienne doit les utiliser pour être surveillée par l’autorité compétente.
Comment se présente cet outil ?
D.V. : Il s’agit d’une carte dynamique que l’on consulte sur écran et qui permet d’observer le trafic maritime qui traverse notre zone économique exclusive.
Est-ce que cela vous arrive de détecter, par exemple, les navires suspects ou engagés dans des activités qu’ils ne devraient pas exercer, comme la pêche au chalut ?
D.V. : Oui, la plateforme permet d’observer le comportement du navire, dans le cas de la pêche industrielle, par exemple la pêche à la senne coulissante. La vitesse de navigation moyenne d’un navire est de huit nœuds. Mais lorsqu’il atteint la vitesse de pêche, il coupe ses moteurs parce qu’il dérive pour pouvoir effectuer la manœuvre de pêche. La plateforme aide à observer ce type de comportement. Elle envoie également des alarmes si un navire pénètre dans une zone où il n’a pas le droit d’entrer, ce qui vous permet d’obtenir des renseignements pour détecter toute activité illégale, comme la pêche illégale dans le cas de la réserve marine d’Hermandad ou de la réserve marine des Galápagos.
Il y a parfois des cas d’arraisonnement ou, globalement, est-ce que les navires respectent les interdictions en vigueur ?
D.V. : En 2010, lorsque nous avons commencé à mettre en œuvre la technologie de surveillance par satellite dans le pays et dans la réserve marine des Galápagos, c’est l’année où nous avons enregistré le plus grand nombre d’arraisonnements et de captures de bateaux de pêche menant des activités illégales. Depuis 2010, logiquement, comme ils savent qu’il y a désormais une autorité, ces activités ont énormément diminué.
Il faut dire aussi que la loi du pays, qui a été améliorée en 2015, nous a beaucoup aidés. Si un bateau pénètre dans la réserve marine des Galápagos, il est sanctionné à hauteur de 300, 5000 ou 10 000 dollars pour avoir pénétré dans une zone protégée où il ne devrait pas réaliser d’activités sans justification.
NewsletterRecevez toute l’actualité internationale directement dans votre boite mail
Je m’abonneLes plateformes de surveillance par satellite sont donc essentielles pour que les gens respectent les règles, mais aussi pour la partie sanction. On travaille de la même façon pour la réserve Hermandad.
Les bateaux de pêche peuvent traverser la réserve Hermandad ?
D.V. : Oui, Hermandad se trouve dans une zone économique exclusive, elle se trouve dans la région insulaire des Galápagos. Nous sommes signataires de la Convention de l’ONU sur le droit de la mer. Nous devons accorder un droit de « passage inoffensif » à tous les navires qui circulent dans la zone économique exclusive.
Il ne s’agit pas seulement de protéger les écosystèmes. La protection de l’eau est également bénéfique pour la pêche elle-même. Elle permet aux stocks de poissons de se régénérer et il existe ce que l’on appelle un « effet de débordement », c’est-à-dire que les stocks de poissons augmentent également dans les zones situées à proximité des réserves marines. Ce phénomène a été observé en Méditerranée pour les homards et dans l’Atlantique pour le cabillaud. Est-ce qu’un phénomène similaire s’est produit dans les eaux entourant la réserve des Galápagos ?
D.V. : Il a été prouvé que, grâce à la création de cette aire protégée des Galápagos, la pêche s’est maintenue en Équateur, par exemple la pêche au thon. C’est « l’effet de débordement » que la zone protégée génère sur la réserve marine de l’Hermandad. Elle a permis à cette zone d’avoir toujours une productivité de pêche élevée. L’activité de pêche se concentre dans une zone appelée l’ouest des îles Galapagos, mais en dehors de la zone protégée. Ils sont là vraiment grâce à tout ce que font les Galápagos. Les aires marines protégées profitent aux pêcheurs et garantissent la sécurité alimentaire à tous les peuples de la planète. Ce que l’Équateur capture avec sa flotte thonière est destiné au monde entier.