La montée des eaux est plus rapide en Afrique qu’ailleurs, et elle semble accélérer

 

Les mers montent partout sur la planète, sous l’effet du réchauffement global et de la fonte des glaces. Cette élévation évolue d’une année sur l’autre, mais elle s’accumule et transforme les littoraux. La montée des océans ne progresse pas au même rythme selon les régions, et autour de l’Afrique, les mesures montrent qu’elle atteint désormais un seuil critique.

 

Ce que révèlent trente ans de mesures satellitaires

 

Au début des années 1990, les satellites altimétriques ont commencé à mesurer avec une précision millimétrique la distance qui les sépare de la surface de l’océan. Cette méthode offre une référence stable, indépendante des marées ou des tempêtes, et permet de suivre l’évolution réelle du niveau marin. Entre 1993 et 2024, les eaux entourant l’Afrique se sont élevées d’environ 11,26 centimètres, un chiffre supérieur à la moyenne mondiale.

Le rythme annuel atteint 3,54 millimètres par an autour du continent, contre 3,45 millimètres à l’échelle planétaire. L’écart paraît modeste, mais il produit des effets cumulatifs notables au fil des années. Les analyses rapportées par Phys.org à partir de travaux d’océanographes montrent également une accélération mesurable. Le niveau ne progresse pas à vitesse constante, il augmente plus vite qu’auparavant.

La période 2023-2024 marque un épisode particulièrement marqué. Les instruments ont enregistré une anomalie atteignant 27 millimètres, la plus forte jamais observée dans les eaux africaines. En deux ans seulement, 2,34 centimètres supplémentaires se sont ajoutés, soit près de 19 % de l’élévation totale mesurée depuis 1993. Ce bond récent s’ajoute à une tendance déjà orientée à la hausse.

 

Pourquoi la montée des océans s’accélère autour du continent africain

 

Deux processus expliquent l’élévation du niveau marin. L’eau se dilate lorsqu’elle se réchauffe, ce qui augmente son volume. La fonte des glaciers et des calottes du Groenland et de l’Antarctique ajoute parallèlement de l’eau aux bassins océaniques. Ces phénomènes résultent du réchauffement global lié aux émissions de gaz à effet de serre.

L’épisode El Niño de 2023-2024 a renforcé ces effets dans certaines zones africaines déjà anormalement chaudes. Les températures de surface de l’océan Indien occidental et de l’Atlantique tropical dépassaient leurs moyennes habituelles. Des vents inhabituels ont limité l’upwelling, empêchant la remontée d’eaux profondes plus froides et retenant la chaleur en surface. L’expansion thermique aurait représenté plus de 70 pour cent de la hausse exceptionnelle observée lors de cet événement.

Les chercheurs ont étudié la température et la salinité jusqu’à 300 mètres de profondeur afin de distinguer la part liée à la dilatation de celle provenant de l’apport d’eau supplémentaire. Leurs résultats, publiés dans Communications Earth and Environment, montrent que le contenu thermique de l’océan a quadruplé par rapport à l’épisode El Niño de 2015-2016. L’accélération actuelle repose sur une accumulation continue de chaleur et de masse dans l’océan.

 

Des régions africaines plus vulnérables que d’autres

 

L’élévation du niveau marin ne touche pas toutes les côtes africaines de la même manière. Dans l’océan Indien occidental, autour du Mozambique, de Madagascar et des Comores, le taux atteint environ 3,88 millimètres par an, avec une accélération estimée à 0,16 millimètre par an au carré. Les courants, la configuration des fonds marins et la structure du littoral contribuent à cette sensibilité accrue.

L’Atlantique oriental central, incluant le golfe de Guinée et les côtes du Sénégal, du Ghana, du Nigeria ou du Cameroun, enregistre une hausse proche de 3,90 millimètres par an. Plus de 200 millions de personnes vivent près des rivages africains. Chaque centimètre supplémentaire élève le niveau de base sur lequel se superposent marées et tempêtes, ce qui accroît le risque d’inondations, d’érosion et de salinisation des terres. Certaines zones deviennent ainsi particulièrement exposées à une transformation durable de leurs équilibres côtiers.

Source : SV