PARIS : Économie bleue – L’océan, grand oublié des stratégies d’entreprise
19 mars 2026
19 mars 2026
Une étude du cabinet UTOPIES révèle la dépendance massive mais ignorée de l’économie française à l’océan, un enjeu stratégique sous-estimé.
À l’approche de la Journée mondiale de l’eau le 22 mars, et alors que 2026 marque l’entrée en vigueur du traité sur la protection de la haute mer, le cabinet UTOPIES a publié une étude inédite intitulée « L’océan, angle mort des stratégies d’entreprise ». Réalisé en partenariat avec Crédit Mutuel Arkéa, Mauritius Commercial Bank (MCB) et Seafoodia/Pure Ocean, ce rapport met en lumière une réalité économique saisissante : l’océan, pilier de l’économie française, reste le grand absent des stratégies des entreprises, qu’elles soient situées sur le littoral ou à des centaines de kilomètres des côtes.
Loin du cliché limitant l’économie maritime à la pêche ou au tourisme balnéaire, l’étude révèle que près de 40 % des emplois en France, soit 11 millions de postes, dépendent directement ou indirectement de l’océan. La dépendance directe, liée à l’exploitation des ressources ou aux infrastructures maritimes, concerne 14,4 % des emplois (3,9 millions). Mais la part la plus importante, et la plus méconnue, est la dépendance indirecte, qui touche 26 % des emplois (environ 7 millions) via les chaînes d’approvisionnement et de sous-traitance.
Certains secteurs affichent une exposition particulièrement forte. Le commerce-négoce, par exemple, voit 32,3 % de ses effectifs, soit 1,25 million de personnes, concernés par cette interdépendance. D’autres filières comme l’agroalimentaire, l’hôtellerie-restauration, la logistique ou même les services aux entreprises sont structurellement liées aux écosystèmes marins. Cette situation crée une vulnérabilité systémique : la dégradation de l’océan menace directement des actifs, des filières et des millions d’emplois.
L’étude insiste sur un paradoxe : si les entreprises dépendent de l’océan, elles contribuent aussi massivement à sa dégradation, souvent sans en avoir conscience. Le rapport rappelle que « 80 % des déchets des mers et océans sont générés par l’activité sur terre ». L’océan commence donc bien loin du rivage, au cœur des terres, via les cours d’eau qui charrient pollutions agricoles, résidus industriels et déchets plastiques.
L’exemple du Grand Paris est particulièrement frappant. Bien que sans façade maritime, la région Île-de-France est le premier bassin d’emplois français lié à l’océan. Elle concentre plus de 350 000 emplois en dépendance directe, notamment logistique, et près de 800 000 emplois indirectement liés aux chaînes de valeur océaniques. Cette réalité démontre que la responsabilité environnementale vis-à-vis de l’océan est l’affaire de tous les territoires, y compris les plus intérieurs.
Pour concrétiser son analyse, UTOPIES a réalisé un zoom sur le bassin versant méditerranéen. Cette approche territoriale met en évidence une forte concentration des impacts environnementaux dans les zones à forte densité économique, comme les Bouches-du-Rhône, l’Hérault et la vallée du Rhône. L’activité industrielle, la pêche et le tourisme côtier y exercent une pression considérable.
L’étude montre également la complexité des interconnexions. Une partie des impacts observés en Méditerranée provient d’activités situées sur la façade atlantique, à l’image du secteur de la pêche méditerranéen qui est indirectement lié à de grands ports comme Le Havre ou Brest. Cette cartographie fine des impacts est, selon le cabinet, un levier essentiel pour construire des stratégies de protection efficaces et partagées entre les différents acteurs économiques.
Face à ce double constat d’une dépendance massive et d’impacts sous-estimés, UTOPIES ne se contente pas d’alerter mais propose une voie d’avenir : l’« efficience bleue ». Ce concept vise à transformer le lien entre l’économie et l’océan en substituant des intrants fossiles ou terrestres par des ressources marines locales, exploitées de manière durable. Algues, coquillages, coproduits de la pêche ou encore enzymes marines pourraient ainsi devenir les matières premières d’une nouvelle économie régénérative.
Cette approche ouvre des perspectives pour créer des chaînes de valeur locales à faible impact, développer des matériaux bas carbone et renforcer la résilience des territoires, notamment les économies insulaires très dépendantes des importations. L’étude conclut par un appel clair : « Ce que les entreprises ont appris à faire pour le climat, elles doivent désormais le faire pour l’océan ». L’intégration de cette dimension bleue dans les modèles économiques n’est plus une option, mais une nécessité stratégique pour une performance durable. Le cabinet UTOPIES (https://utopies.com/), pionnier français du conseil en transformation durable, a utilisé sa méthodologie Local Footprint® pour quantifier ces interactions économiques.