Pour sauver le monde de l’Apocalypse, un rideau sous-marin pourrait protéger le glacier Thwaites
18 février 2026
18 février 2026
Alors que les eaux océaniques s’infiltrent sous la calotte antarctique, un projet international vise à stopper leur avancée par une immense barrière flottante immergée à plusieurs centaines de mètres de profondeur.
Lorsque la glace fond à l’échelle d’un continent, les lignes côtières du monde entier sont en jeu. Au cœur de l’Antarctique occidental, une immense masse gelée joue désormais un rôle disproportionné dans ce fragile équilibre planétaire. Le glacier de Thwaites attire aujourd’hui toutes les attentions. Face à une dynamique de retrait inquiétante, des scientifiques envisagent une solution radicale : installer un rideau géant sur le fond marin pour bloquer l’intrusion des eaux chaudes. Un pari technique et diplomatique sans précédent.
Large de 120 kilomètres, épais de plus de 2000 mètres par endroits, le glacier de Thwaites représente la plus vaste langue glaciaire de la planète. Sa position stratégique en bordure de l’Antarctique occidental en fait un verrou naturel pour la calotte glaciaire de toute la région. Depuis le ciel, les chercheurs du British Antarctic Survey observent son recul depuis plusieurs décennies. Ce qu’ils y voient les alarme.
Selon les données issues de l’International Thwaites Glacier Collaboration, le volume de glace s’écoulant dans l’océan a plus que doublé entre les années 1990 et 2010. Le glacier contribue aujourd’hui à 8% de la hausse actuelle du niveau marin. Ce phénomène est d’autant plus préoccupant que l’eau chaude parvient désormais à s’infiltrer sous la glace, rongeant le glacier par sa base. L’ensemble repose sur un socle incliné vers l’intérieur du continent, une configuration géophysique qui rend le système particulièrement instable. Les simulations présentées par l’équipe britannique dirigée par Rob Larter indiquent une accélération inévitable de la fonte dans les prochaines décennies.
Devant cette dynamique déjà enclenchée, des chercheurs et des ingénieurs proposent d’agir directement sur l’environnement marin du glacier. Le projet Seabed Curtain prévoit d’installer un immense rideau souple fixé au fond de l’océan. Ce système vise à ralentir l’arrivée des courants chauds qui attaquent la glace par sa base.
Cette barrière est portée par Marianne Hagen, ancienne ministre norvégienne et co-initiatrice du projet. Elle pourrait s’étendre sur plus de 80 kilomètres. Sa hauteur atteindrait 150 mètres, avec une base fixée à 650 mètres de profondeur. Les ingénieurs étudient deux options. La première prévoit un rideau continu. La seconde mise sur des segments espacés, plus souples face aux mouvements de marée.
Avant d’envisager toute construction à proximité de Thwaites, les équipes testent le dispositif dans les fjords norvégiens. Un rideau expérimental a déjà été immergé au nord du pays, en collaboration avec l’Arctic University of Norway. Un autre terrain d’essai naturel a été identifié à Van Mijenfjorden, un fjord de l’archipel de Svalbard. Protégé naturellement par une île, ce site polaire permet d’étudier les effets hydrologiques d’un obstacle semblable au rideau envisagé.
Si l’ambition peut sembler folle, elle répond à une logique simple. Comme l’a expliqué Marianne Hagen à IFLScience, bloquer à la source jusqu’à 65 centimètres de montée des eaux pourrait représenter un bénéfice global massif. D’un point de vue économique, le coût du rideau, estimé en milliards, reste bien inférieur aux dommages que provoqueraient l’inondation de mégapoles et la disparition d’îles habitées.