Océans : la France déploie des sondes capables de plonger à 6 000 mètres de profondeurs
6 février 2026
6 février 2026
L’Ifremer vient d’annoncer qu’il avait déployé ses deux premiers flotteurs Argo. Ils vont permettre d’analyser, notamment, l’impact du réchauffement climatique sur les abysses.
La France lance ses premiers flotteurs plongeants au fond des océans : les balises Argo . Ce sont des sondes capables de plonger à près de 6 000 mètres de profondeur pour prendre le pouls de l’océan. Elles viennent d’être mises à l’eau en haute mer, dans les Antilles, a annoncé, lundi 2 février 2026, l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer). Elles vont permettre d’étudier notamment l’impact du réchauffement climatique dans les abysses.
Argo, c’est le nom de ce programme international de surveillance en temps réel de l’état de l’océan. Actuellement,4 000 sondes de ce type sillonnent les mers du globe au gré des courants. Ces engins ressemblent à des boulets, mais ils ne restent pas en surface, ils plongent généralement à 2 000 mètres de profondeur pour récolter des données essentielles aux scientifiques, comme l’explique Virginie Thierry, chercheuse au laboratoire d’océanographie physique et spatiale à l’Ifremer. « C’est en remontant vers la surface qu’ils vont faire des mesures de température, de salinité et parfois de paramètres complémentaires, comme l’oxygène ou le pH. Ces données sont récupérées, mises à disposition en moins de 24 heures et pendant ce temps, le flotteur repart pour un cycle de 10 jours . Il continue comme ça pendant 5, 6, voire 7 ans pour certains flotteurs. »
Ces flotteurs sont entièrement autonomes, ils ont été déployés pour la première fois au début des années 2000, les données sont utilisées pour la recherche fondamentale, notamment sur le réchauffement ou l’élévation du niveau des mers, mais elles servent aussi aux prévisions météo et à la prédiction des tempêtes par exemple.
La nouveauté, c’est que certaines balises Argo peuvent désormais aller encore plus profond. Jusque-là, il y avait une limite : 4 000 mètres de profondeur, les technologies ne permettaient pas d’aller plus loin, étant donné les pressions dans les abysses. La Chine et les États-Unis ont fini par mettre au point des balises capables de subir ces conditions extrêmes.
La France vient donc de rejoindre ce club très fermé. Deux sondes fabriquées dans le Morbihan ont ainsi effectué plusieurs cycles de collecte de données à 6 000 mètres de profondeur en janvier 2026 dans les Antilles. Des zones abyssales encore très peu connues, mais dont l’exploration est nécessaire pour comprendre l’impact du réchauffement. « L’océan stocke 90% de l’excès de chaleur dû aux activités humaines, souligne Virginie Thierry. Il y a un fort signal de réchauffement qui est observé dans les zones abyssales et on a besoin de quantifier ou de savoir exactement où va la chaleur en excès et donc on a besoin de pouvoir quantifier la contribution de ces couches profondes à ce stockage de chaleur. » La France espère déployer, d’ici 2028, 30 flotteurs Argo supplémentaires capables d’atteindre ces fameux 6000 mètres de profondeur.