Réchauffement climatique : 2025 dans le trio des années les plus chaudes jamais enregistrées
15 janvier 2026
15 janvier 2026
La planète n’a pas connu de répit en 2025. Après deux années déjà hors norme, la fièvre n’est pas retombée : l’année écoulée a été la troisième la plus chaude jamais enregistrée dans le monde et en Europe, selon le bilan de l’observatoire européen du climat Copernicus, publié mercredi 14 janvier. D’après ces données, c’est la première fois qu’une période de trois ans (2023, 2024 et 2025) franchit la barre symbolique de 1,5 °C de réchauffement climatique en comparaison avec l’ère préindustrielle, le seuil le plus ambitieux de l’accord de Paris. Trois années, trois alertes rouges, et un climat qui s’installe durablement dans l’exceptionnel.
En 2025, les températures de l’air à la surface du globe ont dépassé de 1,47 °C les niveaux préindustriels (1850-1900). L’année 2025 se classe ainsi à peine derrière 2023 (− 0,01 °C) et s’avère moins chaude que 2024 (− 0,13 °C), qui reste le record et la seule à avoir dépassé un réchauffement de 1,5 °C. Les onze dernières années ont toutes été les plus chaudes jamais enregistrées.
« L’accord de Paris n’est pas enfreint », affirme Samantha Burgess, responsable stratégique pour le climat au Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme, qui fait partie de Copernicus. L’objectif du traité international est entendu sur une période plus longue qu’une ou trois années. Il reste qu’au rythme actuel la limite de 1,5 °C devrait être durablement franchie, d’ici à 2030, soit une décennie plus tôt que ce que les scientifiques prévoyaient en 2015.
Ces trois dernières années, que Copernicus décrit comme « exceptionnellement chaudes », ne sont pas une anomalie : elles reflètent l’accumulation record des gaz à effet de serre dans l’atmosphère. En cause : la poursuite des émissions humaines, essentiellement en raison de la combustion de charbon, de pétrole et de gaz, dans un contexte géopolitique reléguant les enjeux climatiques au second plan, et la réduction de l’absorption de CO2 par les puits naturels comme les forêts, qui sont en mauvais état.
Les pôles très touchés
D’autres facteurs ont également joué : le phénomène naturel El Niño a réchauffé les océans en 2023 et en 2024. Malgré l’arrivée de la perturbation inverse, La Niña, l’année 2025 s’est maintenue à des niveaux de chaleur très élevés. Une surchauffe expliquée aussi par la baisse des aérosols (ces particules ont un effet refroidissant), grâce à la lutte contre la pollution de l’air ou encore la diminution de la quantité de nuages bas. Mais de nombreuses incertitudes persistent. « Il est encore trop tôt pour dire si nous sommes dans une nouvelle phase d’accélération permanente du réchauffement climatique, ou si cela relève de la variabilité naturelle du climat », développe Mme Burgess.
Indicateur essentiel de la stabilité du climat terrestre, les pôles ont particulièrement été touchés par les fortes chaleurs. En Antarctique, l’année a été la plus chaude jamais enregistrée et en Arctique la deuxième, exacerbant la fonte des glaces et les perturbations des écosystèmes marins. En février 2025, la superficie combinée de la banquise des deux pôles est tombée à sa valeur la plus basse depuis au moins le début des observations des satellites, à la fin des années 1970. La Norvège et la mer du Nord ont également enregistré des niveaux de chaleur record, de même que l’Atlantique nord-est ou l’Asie centrale.
D’une manière générale, plus de la moitié du globe a connu un grand nombre de jours de « stress thermique fort », avec une température ressentie de 32 °C ou plus, mettant les organismes à rude épreuve.
Autre signe de cette chaleur persistante, l’océan a absorbé une quantité record de chaleur, selon une étude parue dans la revue Advances in Atmospheric Sciences, le 9 janvier. En 2025, les 2 000 premiers mètres des mers ont ainsi absorbé 23 zettajoules – 1 zettajoule vaut 10 puissance 21 joules – de plus qu’en 2024, soit l’équivalent de 200 fois la production mondiale d’électricité en 2024.
Les gaz à effet de serre réchauffent en effet principalement les mers, qui stockent 90 % de l’excès d’énergie lié au changement climatique. De quoi favoriser l’élévation du niveau de la mer menaçant les régions côtières, les tempêtes violentes et le dépérissement des coraux.
La montée des températures ne reste pas un chiffre abstrait : elle se traduit par des événements extrêmes de plus en plus fréquents et violents. Mousson au Pakistan, incendies en Californie, inondations en Indonésie et au Texas, canicules et incendies en Europe, ouragan Melissa dans les Caraïbes… Ces phénomènes ont frappé toutes les régions du monde, laissant derrière eux des victimes, des infrastructures détruites et des dégâts économiques considérables. Sans compter les impacts sur l’alimentation, l’eau, l’énergie, l’éducation ou le travail.
Les catastrophes climatiques ont engendré 224 milliards de dollars (192,2 milliards d’euros) de pertes économiques mondiales en 2025, selon des chiffres publiés mardi 13 janvier par le réassureur Munich Re. Ce montant est en baisse de près de 40 % par rapport à 2024, grâce à l’absence d’ouragan touchant les côtes des Etats-Unis, pour la première fois depuis dix ans. Le tableau d’ensemble demeure toutefois « alarmant », précise l’assureur, alors que ces événements ont entraîné la mort de 17 200 personnes. Ces extrêmes se poursuivent en ce début d’année, entre les incendies qui font rage en Australie ou en Patagonie argentine.
Quel climat attendre en 2026 ? « Elle se classera sans doute dans le top 5 des années les plus chaudes », note Mme Burgess. A ce stade, les températures des océans ont quelque peu diminué. Mais un phénomène El Niño pourrait survenir d’ici à la fin de l’année, ce qui pourrait entraîner une nouvelle fièvre. Les incertitudes resteront toutefois très fortes jusqu’au printemps. « La question n’est pas de savoir si un nouvel épisode El Niño, et donc un nouveau pic des températures, va se produire, mais quand ? », insiste Carlo Buontempo, directeur du service européen Copernicus pour le changement climatique.
Reculs environnementaux
Les scientifiques ne cessent de le répéter : chaque fraction de degré compte. Mais la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre marque actuellement le pas, compromise par les discours climatosceptiques et les reculs environnementaux aux Etats-Unis ou en Europe – en dépit de la forte progression des énergies renouvelables dans le monde, tirées par la Chine.
Outre-Atlantique, les émissions de la première économie et du deuxième pollueur mondial sont reparties à la hausse en 2025 (+ 2,4 %), selon les estimations du cercle de réflexion américain Rhodium Group. Elles ont été accentuées par un hiver froid et la hausse de la consommation des centres de données, avant même que la politique de Donald Trump favorisant les énergies fossiles au détriment des renouvelables ne produise des effets. Sur le Vieux Continent, les émissions de pays comme la France et l’Allemagne continuent certes de baisser, mais bien moins vite que les années précédentes.