Requins en Méditerranée : voici pourquoi ils disparaissent

 

La Méditerranée reste l’une des mers où requins et raies sont les plus menacés au monde. En 2025, les chiffres les plus récents confirment une crise structurelle, nourrie par la surpêche, les captures accidentelles et la pollution.

Tandis que le réchauffement accéléré du bassin complique encore la donne. Entre avancées réglementaires et lacunes de terrain, la question n’est plus de savoir si la situation est grave, mais si l’on saura agir assez vite.

 
Requin à six branchies filmé en pleine eau, silhouette sombre glissant dans le bleu profond d’un océan calme, vu de profil sous la surface.
Un sixgill shark observé en pleine eau, proche de ce que les chercheurs ont filmé près de Cabrera.
Crédit : NOAA / Wikimedia Commons
 
 

Une mer petite, un enjeu énorme

La Méditerranée ne représente qu’une fraction des eaux du globe, mais elle concentre une biodiversité remarquable, des usages intensifs et une pression humaine permanente. C’est aussi une mer fermée, bordée de dizaines de pays, où la pêche artisanale et industrielle, le commerce maritime, le tourisme et l’urbanisation du littoral cohabitent parfois au détriment du vivant.

Dans ce paysage, requins et raies jouent un rôle clé. Ce sont des prédateurs ou des espèces “ingénieures” des fonds, capables de structurer les chaînes alimentaires, de sélectionner les proies les plus vulnérables et de contribuer à l’équilibre d’écosystèmes fragiles. Quand ils déclinent, c’est tout l’édifice qui se fragilise, avec des effets en cascade sur les populations de poissons, la santé des habitats et, à terme, la résilience des pêcheries.

58 % des espèces de requins et de raies menacées : un record mondial… en Méditerranée

Les données consolidées par WWF dans son état des lieux consacré au bassin méditerranéen dressent un constat sans appel : sur 73 espèces de poissons cartilagineux recensées en Méditerranée (requins, raies et chimères), 42 sont considérées comme menacées, soit 58 %. Le document souligne aussi que la situation méditerranéenne est pire que la moyenne mondiale, estimée à 37 %.

Ce chiffre est plus qu’un indicateur : il résume l’accumulation de menaces, la lenteur de reproduction de nombreuses espèces et la difficulté à faire respecter des règles homogènes dans un espace marin partagé. WWF pointe en parallèle un autre angle mort qui explique la vulnérabilité du bassin : des dizaines d’espèces restent insuffisamment couvertes par des mesures de gestion ou par des annexes de conventions internationales, alors même que certaines sont déjà classées “en danger” ou “en danger critique”.

Requin-citron massif avançant dans l’eau turquoise, flanqué de rémoras collés à son corps au-dessus d’un fond sombre.
Un requin-citron filmé de près, rappelant la puissance des grands squales tropicaux.


La pêche n’est pas seulement le problème : c’est surtout la façon de pêcher

Le cœur du sujet, en 2025, tient en trois mots : captures, sélectivité, contrôle. Car le déclin des requins et des raies ne s’explique pas uniquement par une pêche “ciblée”. Il s’explique surtout par une pêche non sélective qui attrape, blesse et tue “au passage”.

À l’échelle mondiale, la communauté scientifique réunie autour du rapport de l’UICN sur l’état des requins, raies et chimères insiste sur un point que le grand public ignore souvent : la majorité des captures concerne des prises non intentionnelles, et une grande partie de ces prises est malgré tout conservée, vendue ou consommée.

En Méditerranée, cet effet “prise accessoire” est d’autant plus destructeur que beaucoup d’espèces sont côtières, fréquentent des zones de nourricerie et croisent les engins de pêche au moment le plus vulnérable de leur cycle de vie. Longlines, filets maillants, chaluts, parfois dérivants dans certains contextes illégaux : même lorsque le requin n’est pas visé, il paie la facture écologique.

Source : Le tribunal du net