Il n’y aura pas de traité sur la pollution plastique : « Quelques pétro-Etats n’ont cessé de mettre en place des manœuvres dilatoires »
20 août 2025
20 août 2025
Les 185 pays réunis à Genève, en Suisse, ont échoué à se mettre d’accord sur un texte contraignant pour lutter contre une pollution plastique. La faute, selon Manon Richert, porte-parole de l’ONG Zero Waste France, à quelques Etats pétroliers ayant empêché toute action efficace lors du sommet.
Il n’y aura pas de traité contre la pollution plastique à Genève : dix jours de pourparlers diplomatiques tendus se sont terminés ce vendredi 15 août à l’aube par un constat d’échec cuisant pour la diplomatie et l’environnement. Les chefs de délégation réunis en session exceptionnelle à l’aube n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur une dernière version du texte.
Tout au long du processus, deux camps apparemment irréconciliables se sont opposés : les « ambitieux », dont l’Union européenne, le Canada, l’Australie, beaucoup de pays d’Amérique latine, d’Afrique et d’îles, qui souhaitaient réduire la production mondiale de plastique et contrôler les molécules les plus préoccupantes pour la santé, afin de réduire la pollution. En face, des pays essentiellement pétroliers ont refusé toute contrainte sur la production d’hydrocarbures à la base de l’industrie plastique et toute interdiction de molécules ou additifs dangereux.
Manon Richert, porte-parole de l’association Zero Waste France présente aux négociations de Genève, regrette que « quelques pétro-Etats » aient empêché toute action efficace lors du sommet.
Ce n’est pas tant l’absence de texte qui est une défaite, que les différentes moutures présentées aux Etats pendant les négociations, qui n’allaient en aucun cas régler la crise du plastique. La dernière proposition, par exemple, reposait sur des mesures volontaires, ne faisait pas mention d’un objectif de réduction de la production et n’offrait pas de réelles perspectives d’amélioration et de suivi pour l’avenir.
Or, le sujet est d’autant plus alarmant que la planète a produit plus de plastique depuis 2000 que durant les cinquante années précédentes. La tendance s’accélère : si rien n’est fait, la production actuelle, déjà de presque 500 millions de tonnes par an, devrait tripler d’ici 2060 [selon les prévisions de l’OCDE]. Et ce, alors même qu’aujourd’hui, il n’y a que 10 % des plastiques qui sont recyclés – 27 % en France, alors que la collecte est relativement efficace
Rappelons quand même que les négociations internationales sont toujours très longues et celles sur la pollution plastique n’ont démarré qu’il y a un peu plus de deux ans. A titre de comparaison, il a fallu 21 COP pour obtenir un accord digne de ce nom sur le climat. Par ailleurs, si le multilatéralisme est essentiel pour obtenir des avancées, nous regrettons un manque de transparence et de démocratie dans le processus de négociations. La plupart des réunions étaient fermées aux observateurs de la société civile, comme les ONG ou les scientifiques. C’est dommageable.
Il est important de souligner le sursaut de nombreux Etats, dont la France, qui ont adopté une posture très ambitieuse. Mais le problème, c’est que quelques pétro-Etats, les Etats-Unis ou encore la Russie, guidés par leurs intérêts financiers, n’ont cessé de mettre en place des manœuvres dilatoires. Ces Etats défendent la production de pétrole, et donc de plastique puisque le pétrole en est la matière première. Ils font pour tout faire capoter toute avancée, nous en avons eu la démonstration éclatante pendant ce round de négociations. Et ils ont eu gain de cause, au vu des différents textes qui ont été présentés.
C’est la grande question : quelle va être la suite ? Les discussions vont continuer et de notre côté, nous demandons la mise en place d’un objectif contraignant de réduction de la production de plastique ainsi que de mesures de restriction ou d’interdiction des plastiques non essentiels, dangereux ou contenant des additifs chimiques toxiques. Il faut par ailleurs que les pays qui ont manifesté leur ambition à Genève adoptent des réglementations nationales contraignantes. L’Union européenne peut être un moteur, et on attend de nouveaux règlements, le dernier sur les emballages ayant été sapé par les lobbies et donc étant insuffisant. En tout cas, il est temps de remettre le sujet sur la table.