Tribune : le climat a son objectif de 1,5 °C mais l’océan reste un impensé collectif

 

Nous dépendons de l’océan plus que jamais, mais continuons à le penser par fragments. À l’heure des bouleversements climatiques et géopolitiques, il devient urgent de construire une vision commune de sa santé.

L’océan est partout. Dans les discussions sur le climat, la biodiversité, l’alimentation, la santé, l’accès aux ressources et leur partage, l’énergie, les routes commerciales ou les tensions géopolitiques. Et pourtant, il souffre d’un paradoxe : nous continuons à le percevoir comme un simple décor alors qu’il façonne profondément nos sociétés et leurs équilibres.

Cette difficulté à penser l’océan se retrouve dans la manière dont nous l’abordons. Nous nous focalisons sur des symptômes traités comme des enjeux séparés – élévation du niveau de la mer, pêche illégale, pollution plastique, exploitation des grands fonds ou disparition d’espèces emblématiques  mais rarement sur le système qui les relie.

Il en est de même des connaissances scientifiques sur l’océan. Elles n’ont jamais été aussi nombreuses mais elles restent dispersées entre disciplines, institutions et secteurs d’activité. Elles peinent encore à se transformer en message capable de mobiliser les consciences et d’éclairer l’action publique.

 

Baromètre annuel

 

Pour le climat, l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5 °C est devenu en quelques années un repère partagé à l’échelle internationale. Il n’a pas résolu le problème climatique, mais il a profondément transformé notre manière d’en parler. Il a permis de construire un langage commun, de mesurer les progrès accomplis et d’évaluer l’écart qui reste à parcourir.

À l’occasion de la troisième Conférence des Nations unies sur l’océan, organisée à Nice en 2025, une question s’est alors imposée : l’océan pourrait-il lui aussi disposer d’une boussole commune ? La réponse est à la fois oui et non. Non, parce que l’océan ne saurait être résumé à un chiffre unique. Oui, parce qu’il est possible de construire une vision partagée des transformations que subit l’océan et de leurs conséquences pour nos sociétés.

C’est dans cet esprit qu’est né le baromètre Starfish, dont la deuxième édition a été dévoilée le 8 juin 2026 à l’occasion de la Journée mondiale de l’océan. Plutôt qu’un indicateur unique, ce baromètre annuel prend la forme d’un bulletin de santé articulé autour des cinq bras de son étoile de mer : l’état de l’océan, les pressions humaines qui s’exercent sur lui, les réponses mises en œuvre pour le protéger, les bénéfices qu’il apporte à nos sociétés et les conséquences de sa dégradation pour celles-ci.

Réponses encore insuffisantes

Cette lecture intégrée de notre relation à l’océan est actualisée chaque année par un comité scientifique international sur la base des connaissances les plus récentes. L’édition 2026 révèle un océan dont l’état continue de se détériorer, avec même de premiers signes d’accélération. Dans le même temps, les pressions humaines demeurent extrêmement fortes. Des avancées importantes sont néanmoins à signaler : de nouveaux accords internationaux sont entrés en vigueur, les aires marines protégées dépassent désormais 10 % de la surface de l’océan et les initiatives de financement se multiplient.

Mais ces progrès restent insuffisants pour inverser les tendances observées. À cela, cette édition souligne un motif d’inquiétude supplémentaire : l’affaiblissement des infrastructures et des programmes d’observation dont dépend notre capacité à comprendre et anticiper les changements en cours. L’océan est en train de s’éveiller à nos consciences. Les connaissances progressent, les alertes se multiplient. Il est l’un des grands enjeux du XXIᵉ siècle. Chaque année, le baromètre Starfish reviendra mesurer les progrès accomplis, les reculs observés et les défis qui demeurent pour la santé de l’océan, afin d’éclairer nos choix collectifs.