Le saviez-vous ? La pollinisation ce n’est pas que sur terre mais aussi en mer !

 

Si on vous dit « pollinisation », vous pensez probablement à une abeille couverte de pollen virevoltant de fleur en fleur. Cette représentation est tout à fait correcte dans la mesure où cet insecte est connu pour être le meilleur pollinisateur parmi de nombreux autres animaux pollinisateurs terrestres. Mais dans cet article, vous allez avoir la surprise de découvrir que cette image n’est pas vraiment complète. La pollinisation est en effet un mécanisme fondamental qui existe aussi sous l’eau. Pendant longtemps, les scientifiques eux-mêmes ont sous-estimé, voire ignoré, ce phénomène marin. Lorsque vous aurez achevé votre lecture, vous saurez l’essentiel de cette découverte relativement récente.

Les plantes à fleurs marines

Les algues, végétaux les plus connus du milieu marin ne sont pas des plantes à fleurs. Il existe toutefois dans ce milieu bien particulier de véritables plantes marines. Ce sont les herbiers marins, aussi appelés phanérogames marines.

Les adaptes des informations précises auront plaisir à savoir que ces herbiers regroupent des plantes à fleurs appartenant à l’une des quatre familles suivantes : Zosteraceae, Posidoniaceae, Cymodoceaceae et Hydrocharitaceae. Ils peuvent former de véritables prairies sous-marines dans les zones côtières peu profondes.

Ces plantes sont issues de plantes terrestres ayant recolonisé la mer il y a des millions d’années. Elles possèdent donc des racines, des feuilles, des fleurs et produisent des graines, exactement comme les plantes terrestres.

Les herbiers marins assurent de multiples services écologiques : oxygénation de l’eau, stockage de carbone, stabilisation des fonds et réduction de la vitesse des courants, ce qui, mécaniquement, limite l’érosion côtière, production de matière organique et nourriture, zone de frayère et de refuge pour de nombreux organismes tels que poissons, échinodermes et mammifères marins.

Comment polliniser sans insectes ni vent ?

Sur terre, la pollinisation repose principalement sur le vent ou sur les animaux, notamment les insectes. Sous l’eau, ça se passe forcément différemment. Les plantes marines ont donc développé des stratégies qui leur sont propres.

La plus connue est l’hydrophilie, c’est-à-dire que la pollinisation se fait par le biais de l’eau. Les fleurs mâles libèrent leur pollen et les courants marins se chargent de le transporter jusqu’aux fleurs femelles. On a même longtemps pensé que c’était le seul mécanisme de reproduction de ces fleurs.

Evidemment, le pollen de ces fleurs est très différent de celui des plantes terrestres. Il est souvent filamenteux, allongé ou entouré d’une enveloppe gélatineuse qui l’empêche de couler trop vite et augmente ses chances de rencontrer un stigmate réceptif.

La synchronisation de la floraison est tout aussi importante que sur terre : les plantes d’une même espèce fleurissent ainsi en même temps afin de maximiser les probabilités de fécondation.

La découverte surprenante de la pollinisation animale sous-marine

Si pendant des décennies les biologistes ont pensé que la pollinisation animale était impossible en milieu marin, une étude publiée en 2016 a mis en évidence un phénomène baptisé zoobenthophilie.

Les chercheurs ont en effet identifié l’action de petits crustacés, de vers marins et d’autres invertébrés se nourrissant du mucus produit par les fleurs de certaines plantes marines. En se déplaçant de fleur en fleur, ces animaux transportaient involontairement le pollen, jouant un rôle comparable à celui des insectes pollinisateurs terrestres.

Vous imaginez bien que cette découverte a profondément modifié la vision scientifique de la pollinisation marine. Elle montre que les interactions entre plantes et animaux sous l’eau peuvent être tout aussi complexes et spécialisées que celles observées sur terre.

Un processus discret mais essentiel aux écosystèmes côtiers

La pollinisation marine n’est évidemment pas un simple détail biologique. Elle est le socle de la reproduction des herbiers marins, permettant le brassage génétique et l’adaptation des populations aux changements environnementaux. Sans cela, les herbiers seraient plus vulnérables aux maladies, à la pollution et au réchauffement climatique.

De nombreuses espèces de poissons, de mollusques et de crustacés dépendent directement des herbiers pour se nourrir ou se reproduire. La disparition de ces plantes entraînerait donc un effet domino sur l’ensemble de l’écosystème côtier. En ce sens, comprendre et protéger la pollinisation marine revient à préserver une chaîne écologique complète, souvent invisible depuis la surface.

Pollinisation marine et changement climatique

Il est largement admis que le changement climatique exerce une pression croissante sur les océans. L’augmentation de la température de l’eau, l’acidification et la pollution affectent directement la floraison des plantes marines et le comportement des animaux pollinisateurs sous-marins. Des études récentes montrent que le décalage des périodes de floraison ou la diminution des populations d’invertébrés peut perturber la pollinisation, compromettant la reproduction des herbiers.

En parallèle, ces mêmes herbiers jouent un rôle clé dans la lutte contre le changement climatique grâce à leur capacité exceptionnelle à stocker le carbone dans les sédiments marins, un phénomène souvent désigné par l’expression « carbone bleu”. Préserver leur pollinisation, c’est donc aussi renforcer un allié naturel contre le réchauffement global.

Zoom sur quelques animaux pollinisateurs de l’ombre

La découverte de la pollinisation animale en milieu marin a mis en lumière des organismes discrets, souvent méconnus du grand public. Parmi eux, on trouve de minuscules crustacés amphipodes, notamment des espèces du genre Gammarus. Ces animaux, longs de quelques millimètres seulement, se déplacent en permanence sur les feuilles et les fleurs des herbiers. Attirés par le mucus riche en sucres et en composés organiques sécrété par les fleurs mâles et femelles, ils viennent s’en nourrir.

Les copépodes benthiques, comme Tigriopus fulvus, de petits crustacés très abondants dans les zones côtières, représentent d’autres acteurs importants. Leur comportement alimentaire opportuniste les conduit à fréquenter les fleurs de phanérogames marines.

Les vers polychètes jouent eux aussi un rôle non négligeable. Certaines espèces, telles que Nereis diversicolor, rampent sur les herbiers à la recherche de matière organique.

Ces animaux ne sont pas des pollinisateurs spécialisés au sens strict, mais leur interaction répétée avec les fleurs suffit à améliorer le succès reproducteur des plantes.

Aussi poétique soit-elle, la mer n’est pas qu’un décor ou qu’une ressource. C’est un système vivant qui se révèle, étude après étude, décidément bien complexe. Et comprendre la pollinisation sous-marine n’est sans doute pas ajouter une curiosité de plus à notre collection de savoirs mais affiner notre rapport à ce milieu fascinant.

Source : le mag des animaux