Économie bleue: l’Atlantique, obstacle inattendu à la souveraineté africaine encore inachevée
30 janvier 2026
30 janvier 2026
Avec plus de 30.000 kilomètres de côtes, 38 États côtiers et insulaires et des zones économiques exclusives qui dépassent, pour plusieurs pays, la superficie de leur territoire terrestre, l’Afrique dispose d’un potentiel maritime exceptionnel. Pourtant, selon la Banque mondiale, l’économie bleue africaine ne génère qu’un peu plus de 300 milliards de dollars de valeur brute annuelle, principalement issus du transport maritime, de la pêche, du tourisme côtier et des hydrocarbures offshore. Ce chiffre, en apparence significatif, reste très en deçà du potentiel réel du continent, en raison d’un déficit chronique de transformation locale, de services maritimes à forte valeur ajoutée et de gouvernance intégrée.
La Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED) rappelle que 95% du commerce africain en volume et près de 90% en valeur transitent par voie maritime, confirmant le caractère vital de l’océan pour les économies africaines. Pourtant, moins de 2% de la flotte marchande mondiale est détenue ou contrôlée par des acteurs africains, tandis que l’essentiel des services associés– armement, assurance maritime, financement, affrètement, arbitrage juridique– demeure externalisé. Cette dépendance structurelle prive le continent de plusieurs dizaines de milliards de dollars de valeur chaque année, selon les estimations consolidées de la CNUCED et de la Banque mondiale.
L’Atlantique africain concentre pourtant plusieurs des routes maritimes les plus fréquentées de la planète. Il relie les grands pôles industriels européens aux marchés africains, tout en constituant une interface directe avec les Amériques. Malgré cette centralité géographique, la façade atlantique africaine reste faiblement intégrée sur le plan économique. Les ports y fonctionnent majoritairement comme des points d’exportation brute, sans structuration industrielle suffisante en amont et en aval.
Selon la CNUCED, les ports africains ne traitent que moins de 4% du trafic mondial de conteneurs, un chiffre sans commune mesure avec leur position stratégique. Cette faiblesse logistique se traduit par des coûts commerciaux élevés. La Banque mondiale estime que les coûts logistiques en Afrique sont en moyenne 40% plus élevés que dans les économies émergentes comparables, pénalisant directement la compétitivité industrielle et la diversification économique des pays côtiers.
Dans cet environnement contraint, l’Atlantique africain demeure un espace à fort potentiel mais à faible structuration régionale. Les initiatives nationales se multiplient, mais sans coordination suffisante, limitant l’émergence d’un véritable corridor maritime intégré capable de soutenir l’intégration économique continentale.