Des chercheurs veulent balancer de l’eau de mer sur les nuages pour empêcher un «super El Niño»
15 juillet 2026
15 juillet 2026
Une étude suggère qu’une technique de géo-ingénierie consistant à éclaircir les nuages marins pourrait réduire de moitié l’intensité des épisodes d’El Niño. Une piste prometteuse, mais loin de faire l’unanimité.
Le phénomène climatique El Niño survient lorsque les vents d’est s’affaiblissent, permettant aux eaux chaudes accumulées dans l’ouest du Pacifique de refluer dans le reste de l’océan, sur une surface beaucoup plus large. Ce basculement réchauffe l’atmosphère et fait grimper les températures mondiales.
Selon les études, un épisode très intense d’El Niño est actuellement en train de se former dans le Pacifique et ses conséquences pourraient être désastreuses. Mais des modélisations climatiques suggèrent qu’une technique de géo-ingénierie appelée «éclaircissement des nuages marins» pourrait permettre d’écourter ce réchauffement, rapporte New Scientist.
Cette technique consiste à pulvériser de fines gouttelettes d’eau salée dans l’atmosphère dans certaines régions très nuageuses de l’océan. Les nuages deviendraient plus blancs et plus réfléchissants. Ils pourraient renvoyer davantage le rayonnement solaire dans l’espace et aider à refroidir la planète.
Ombrager ainsi une portion du Pacifique oriental permettrait d’interrompre les boucles de rétroaction à l’origine du développement des épisodes El Niño. Des températures de surface plus fraîches renforceraient les alizés, ces vents de l’est qui repousseraient à nouveau les eaux chaudes vers l’ouest du Pacifique. Davantage d’eau froide remonterait alors des profondeurs du Pacifique oriental, refroidissant encore la surface, et ainsi de suite.
«On peut, en quelque sorte, arrêter l’effet domino dès le départ grâce à l’éclaircissement des nuages marins», explique Jessica Wan, climatologue à l’Université de Californie et coautrice de l’étude. Wan et ses collègues ont eu cette idée en observant l’été de 2019-2020 en Australie, marqué par d’immenses feux de brousse.
Un épisode très violent de La Niña, la phase opposée à El Niño, qui fait baisser les températures mondiales, est survenu rapidement après. Des chercheurs avaient découvert à l’époque que les particules de fumée en suspension avaient éclairci les nuages et refroidi le Pacifique oriental. Et c’était précisément à cause de ça que les épisodes de froid s’étaient intensifiés et prolongés durant trois hivers consécutifs, au lieu d’un ou deux habituellement.
Pour simuler comment cet éclaircissement des nuages pourrait réduire El Niño, l’équipe s’est concentrée sur deux épisodes particulièrement violents: 1997-1998 et 2015-2016. Résultat: neuf mois de pulvérisation d’eau de mer auraient permis de réduire de près de moitié le réchauffement. L’épisode El Niño aurait ainsi pris fin dès janvier, écourtant l’événement de plusieurs mois. Une telle mission aurait cependant nécessité des quantités d’eau que la technologie actuelle ne permet pas encore de prélever.
Mat Collins, de l’Université d’Exeter, au Royaume-Uni, invite toutefois à la prudence. Ces résultats pourraient ne pas se vérifier dans le monde réel, où le réchauffement des océans tend généralement à dissiper les nuages de basse altitude, entraînant un réchauffement supplémentaire, qui dissipe à son tour davantage de nuages. «Dans un modèle où la rétroaction des nuages est plus forte, il faudrait injecter davantage d’aérosols, précise-t-il. Les expériences semblent déjà proches de la limite de ce qui est techniquement réalisable.»
Wan reconnaît elle-même que cette approche pourrait avoir des conséquences imprévues: le modèle ne projette ses effets que sur des périodes de deux ans. Dans les deux simulations, l’épisode La Niña, qui a suivi El Niño, a démarré plus tôt que prévu et dans le cas de 2015-2016, de manière plus intense. Une mauvaise nouvelle pour des régions comme la Corne de l’Afrique où de forts épisodes La Niña ont par le passé perturbé les précipitations et contribué à des famines à grande échelle. Mais selon Wan, l’idée a déjà le mérite de montrer que la modification des nuages dans une région particulière peut modifier de vastes modèles climatiques.