Chausey, un exemple des aires marines protégées qui ne le sont pas dans les faits

 

Trois ONG sont désormais engagées pour que le Conseil d’Etat interdise le chalut de fond dans la Manche à Chausey, archipel classé aire marine protégée Natura 2000.

Direction les îles Chausey, au large de Granville et de la baie du Mont Saint Michel. Plus grand archipel d’Europe, dont la forme est décrite officiellement comme l’un de ses coquillages emblématiques : l’ormeau.

Mais ce sont surtout les coquilles Saint Jacques, ou encore du bar et autres poissons que les pêcheurs remontent dans leurs bateaux, à l’aide de dragues ou de chaluts, ces engins ultra décriés parce qu’ils raclent et détruisent les fonds marins…

Il y a un an tout juste, les ONG Défense milieux aquatiques et Environmental justice Foundation engageaient un contentieux devant le Conseil d’Etat pour interdire le chalutage de fond à Chausey, rejointes hier par l’association Manche nature.

Bancs de maërls et herbiers zostères menacés

Elle se basent sur la règlementation européenne, qui a créé le plus grand réseau au monde d’aires marines protégées : les aires Natura 2000, censées être protégées quand des activités les menacent, typiquement le chalutage de fond pourtant encore pratiqué dans les trois-quarts d’entre elles. Et Chausey en fait partie, aux dépends des bancs de maërls, ces habitats marins à la fois nurseries, abris, et nourriture pour nos amis des profondeurs, mais aussi des herbiers de zostères (des plantes aquatiques), menacés et protégés par une directive.

Il ne s’agit pas de gros chaluts, mais peu importe la taille de l’engin selon les ONG car les dégâts sont les mêmes. Sauf que les pêcheurs de Granville eux s’agacent, inquiets qu’on leur interdise de faire leur travail, et c’est là que les associations précisent qu’elles ne sont pas du tout contre eux, malgré les apparences : elles veulent que les pouvoirs publics prennent leurs responsabilités et accompagnent les pêcheurs vers un changement des pratiques, plus douces, plutôt que de les protéger faussement en autorisant des techniques qui à terme menacent tous les écosystèmes marins et donc la pêche.

Aire marine protégée : une simple formule

Le gouvernement promettait en juin de faire passer ce qu’on appelle « les zones de protection forte », de 0,1 à 4% des eaux hexagonales, avec interdiction cette année, 2026, du chalutage de fond, mais il s’agit en fait de zones où c’était déjà le cas, donc fausse annonce.

Quant à l’Europe, on se souvient de l’opposition ferme et claire du secrétaire d’Etat à la mer Hervé Berville contre le plan d’action de la commission européenne visant à stopper l’activité en 2024.

Si je dois résumer, on ne change rien et les aires marines protégées ne sont qu’une formule…

Chausey n’est finalement qu’un exemple pour illustrer une situation bien plus globale : penser sur le long terme. Mais avec les municipales puis la présidentielle en vue, pas sure que ce soit la stratégie privilégiée.

Source : Radio France