« Ce n’est pas drôle », au Groenland, la maire de Nuuk dénonce une provocation après la tentative de hisser un drapeau américain
30 janvier 2026
30 janvier 2026
Ce qui se voulait une provocation satirique a finalement tourné à l’incident politique. À Nuuk, la capitale du Groenland, une tentative de mise en scène impliquant le drapeau américain a suscité la colère et le malaise, allant jusqu’à pousser la maire de la ville à appeler publiquement les médias et créateurs de contenus à la responsabilité.
Mercredi 28 janvier, un homme vêtu d’un costume sombre et brandissant un drapeau des États-Unis a tenté à plusieurs reprises de le hisser sur un mât situé près du centre culturel de la capitale groenlandaise. La scène, observée par des journalistes de l’AFP, a rapidement attiré l’attention de passants, dont certains l’ont interpellé avec véhémence. Face aux réactions, l’homme a quitté les lieux.
Mais qui est cet individu ? Il s’agit en fait de l’humoriste allemand Maxi Schafroth, 41 ans. Sur place, il aurait affirmé être un responsable américain. Selon les médias locaux, il a ensuite été signalé à la police et sanctionné par une amende.
Sauf qu’au Groenland, territoire en proie aux ambitions territoriales du président américain, le geste a dépassé la simple provocation. Avaaraq Olsen, maire de la municipalité de Kommuneqarfik Sermersooq (qui englobe Nuuk) a dénoncé une initiative « extrêmement préjudiciable ». « Hisser le drapeau de la superpuissance militaire qui, depuis des semaines, laisse entendre qu’elle pourrait recourir à la force contre notre pays n’a rien d’une plaisanterie », a-t-elle déclaré dans un communiqué. « Ce n’est pas drôle. »
Depuis plusieurs semaines, les déclarations de Donald Trump sur le Groenland ont ravivé de profondes inquiétudes au sein de la population locale. Le président américain multiplie les sorties laissant entendre que Washington pourrait chercher à prendre le contrôle de ce territoire arctique stratégique, riche en ressources et « crucial » pour la sécurité dans l’Arctique. S’il a depuis exclu le recours à la force et engagé des discussions avec le Danemark et les autorités groenlandaises, le traumatisme demeure.
C’est dans ce climat que la maire de Nuuk a directement interpellé journalistes, vidéastes et influenceurs venus couvrir la crise. « Vous êtes des invités ici. Cela implique des responsabilités », a-t-elle insisté. « Quand vous amplifiez ces peurs pour obtenir des clics, des rires ou du contenu viral, vous n’êtes ni audacieux ni créatifs. Vous ajoutez à la détresse d’une population déjà vulnérable. »
Avaaraq Olsen a aussi évoqué l’impact psychologique sur les habitants, et notamment le stress et l’anxiété générés par les déclarations américaines. « Faites une pause avant de filmer. Réfléchissez avant de mettre en scène quelque chose de « drôle » », a-t-elle exhorté, appelant à se demander si ces actions « informent le monde ou rendent simplement des familles moins en sécurité dans leur propre pays ».
Maxi Schafroth est une figure connue en Allemagne, notamment pour sa participation à l’émission satirique « Extra Drei », diffusée par la chaîne publique NDR et suivie par plus d’un million de téléspectateurs. Contactée, la chaîne a exprimé ses « regrets ».