Aquaculture : sera t-il bientôt impossible d’avoir du poisson sauvage dans nos assiettes ?
8 janvier 2026
8 janvier 2026
Depuis au moins une dizaine d’années, l’aquaculture a dépassé la pêche en termes de production mondiale de poissons et de fruits de mer. Dans ce contexte, la probabilité d’avoir du poisson sauvage dans nos assiettes diminue petit à petit. Récemment, une infographie a livré des chiffres assez préoccupants, principalement en ce qui concerne les « fermes à saumons ».
Dans une publication de juin 2024, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) annonçait que pour la toute première fois, l’aquaculture avait dépassé la pêche de capture pour la production d’animaux aquatiques. En 2022, la production aquacole mondiale a ainsi atteint le niveau sans précédent de 130,9 millions de tonnes dont 94,4 millions de tonnes d’animaux aquatiques, soit 51% de la production totale d’animaux aquatiques. Une question se pose alors : sera t-il de plus en plus difficile d’obtenir du poisson sauvage dans nos assiettes ?
Le 21 décembre 2025, le Courrier International a publié une infographie très parlante, traitant de l’élevage de saumons. Il est plus précisément question de « fermes à saumons », ces dernières ressemblant à de grandes nasses flottant dans l’océan. On en trouve beaucoup dans les eaux froides de Norvège – le premier producteur mondial – mais également en Écosse.
Dans l’hémisphère Sud, l’Australie s’affirme en tant que leader avec de grandes exploitations en Tasmanie. Cette région produit pas moins de 75 000 tonnes de saumon par an, soit 90% de la production totale du pays. En début d’année 2025, les habitants de Verona Sands (Tasmanie) ont vu s’échouer des centaines de morceaux de saumons morts sur leur plage, un fait divers qui aura relancé les débats sur ce mode d’élevage et ce, à un niveau politique.
En Australie mais pas seulement, les critiques visant l’aquaculture concerne généralement les pollutions de l’eau, la propagation de maladies et de parasites mais également, les évasions massives de poissons d’élevage à l’origine d’une concurrence avec les individus sauvages dans leur milieu naturel, ainsi que de modifications génétiques via la reproduction. Citons aussi la surpopulation à l’intérieur même des élevages à l’origine de nombreuses pertes (gaspillage) ou encore, la destruction des habitats de certains animaux marins comme les otaries.
Néanmoins, évoquons un point est assez rarement présent sur le devant de la scène : l’élevage intensif du saumon nécessite des ressources halieutiques considérables. Autrement dit, les saumons d’élevage sont en partie nourris avec des poissons sauvages pêchés en mer, notamment des sardines et des anchois. Il est donc tout à fait légitime de se demander si dans un avenir proche, le poisson sauvage deviendra ou non de plus en plus inaccessible.
Le fait est que manger du poisson sauvage est déjà un luxe peu accessible pour de nombreuses personnes au regard des prix actuels, bien que ceux-ci varient selon les espèces. Cependant, la production toujours croissante provenant de l’aquaculture est évidemment un facteur négatif, surtout qu’il s’agit d’une tendance s’installant sur le long terme. Et pour preuve, la Norvège désire tripler sa production d’ici 2050, alors que le pays produit déjà entre 1 et 1,5 million de tonnes chaque année.
Malheureusement et surtout dans un contexte d’augmentation de la production, les dérives en lien avec l’aquaculture – pollutions, évasions, consommation de poissons issus de la pêche etc. – mettront toujours plus en danger les ressources halieutiques sauvages. Ainsi, les années à venir seront sans doute synonymes d’une baisse accrue de la probabilité d’avoir du poisson sauvage dans nos assiettes. Le poisson sauvage ne disparaitra surement pas mais les prix s’envoleront, si bien que seuls une certaine catégorie de consommateurs pourra en profiter.