Aquaculture : Fonds dédié, finance mixte, sukuk bleus… ce que prévoit la future stratégie
13 février 2026
13 février 2026
À l’occasion de Seafood4Africa, Siham Fellahi, cheffe de mission co-coordonnatrice de l’Unité de gestion du programme économie bleue au ministère de l’Économie et des finances, a dévoilé nombre d’éléments inédits de la future stratégie nationale de l’économie bleue, dans son volet financement. Un volet qui acte un changement de paradigme : moins de subventions, plus d’ingénierie financière pour rendre les projets aquacoles crédibles, bancables et attractifs pour l’investissement privé.
Au cœur de cette stratégie figure le développement d’un fonds d’investissement thématique dédié à l’économie bleue, actuellement en cours de conception. Pensé comme un outil de catalyse de l’investissement plutôt que comme un simple prolongement des politiques de subvention, ce fonds doit orienter les financements vers des projets structurants et bancables. «L’idée est de faire du fonds un catalyseur de l’investissement public plutôt que de se limiter à la subvention de projets aquacoles, avec tous les effets pervers que nous connaissons», a souligné Mme Fellahi. L’objectif est clair : attirer les capitaux privés et accompagner la montée en échelle des projets.
Le fonds d’investissement s’inscrit toutefois dans une architecture financière plus large, fondée sur une approche de finance mixte. Celle-ci repose sur la combinaison de ressources publiques concessionnelles avec des capitaux privés, afin de réduire les risques, améliorer l’attractivité économique des projets et créer les conditions d’un engagement durable du secteur privé. «Un instrument financier seul ne peut en aucun cas répondre aux besoins du secteur aquacole», a insisté la responsable, justifiant ainsi le choix d’une approche combinée plutôt qu’un dispositif unique. La finance mixte constitue ainsi le cadre structurant de la future stratégie, au sein duquel s’articulent différents leviers financiers.
Dans ce cadre, la gestion du risque constitue un axe central de la stratégie. Les études menées montrent que, dans l’aquaculture, les risques perçus par les investisseurs sont souvent supérieurs aux risques réels. Pour corriger cette distorsion et sécuriser l’engagement du secteur privé, l’Unité travaille à la mise en place de mécanismes de partage des risques, notamment à travers des dispositifs de garantie et d’assurance.
Le choix de l’aquaculture comme secteur prioritaire repose sur un diagnostic largement partagé. Le Maroc dispose d’un potentiel de production estimé à 300.000 tonnes par an, alors que la production effective se situe autour de 3.000 tonnes annuelles.
Pilotée par le ministère de l’Économie et des finances, dans le cadre des travaux de la commission interministérielle dédiée à l’économie bleue, la future stratégie redéfinit le rôle de l’État. Celui-ci se positionne comme facilitateur, chargé de créer un environnement propice à l’investissement privé plutôt que comme financeur direct.
En filigrane, les orientations dévoilées à Seafood4Africa confirment que la future stratégie nationale de l’économie bleue ne repose pas sur une logique de mobilisation massive de ressources publiques, mais sur une meilleure structuration des projets, un alignement fin des instruments financiers et un partage plus efficace des risques.