400 ans de la Marine : la mémoire de Richelieu sur toutes les mers du monde

 

En fêtant cette année ses quatre siècles d’existence, la Marine française porte haut la marque d’un grand pays de mer… où le soleil ne se couche jamais. Vice-président de la Fondation de la mer, écrivain de marine, le vice-amiral Loïc Finaz rappelle cette vérité depuis le cardinal de Richelieu : c’est toujours en mer que se trament le sort du monde et notre destin.

La Marine nationale fête cette année, pour la première fois de son histoire, son anniversaire. En retenant l’édit de Saint-Germain d’octobre 1626 comme acte fondateur, elle célèbre en 2026 ses quatre siècles d’existence. Il s’agit bien d’un choix. Contestable donc. Mais décidé et non subi. Et pertinent ! Certes, il aurait pu être différent. On aurait pu choisir, par exemple, 1269, lorsque Louis IX nomma le premier amiral de France (Florent de Varennes) ; ou 1292, avec la création du Clos des galées à Rouen par Philippe le Bel. Ou bien le début glorieux du XVIe siècle avec les victoires, les explorations et les découvertes de Jehan Ango et de ses pilotes… Mais si François 1er disait à Ango « Messire Jehan, vous êtes maître en vos navires comme je suis maître en mon Royaume », Richelieu, lui, dira à Louis XIII : « Sire, vous ne serez roi de France que lorsque vous aurez une Marine, d’ici là vous n’êtes que roi à demi. » Tout est dit ! L’édit de 1626 crée une Marine d’État, permanente, organisée, sous un commandement unifié et portée par une vision maritime globale.

Le premier domaine maritime du monde 

« Les larmes de nos souverains ont souvent le goût salé de la mer qu’ils ont ignorée. » Qu’il l’ait prononcée ou non, cette fameuse phrase, Richelieu avait tout compris. Il n’est de puissance qui ne soit maritime. La France est un pays de montagnes et de vallées, de plateaux et de plaines ; de forêts, de bocage et de vigne, de champs de blé et de vallons de lavande ; de villages perchés sur nos crêtes ou lovés aux méandres de nos rivières ; de vieilles villes loin de la mer et de forteresses aux contreforts des Alpes… Un pays de Gaulois irréductibles, de laboureurs et de vignerons… Oui, en effet, et notre histoire en porte la marque.

Au XIXe siècle, la flotte française s’adaptera sans cesse, inventera le premier cuirassé, expérimentera le premier sous-marin à propulsion mécanique, adoptera la vapeur pour devenir une marine capable de protéger les intérêts de la France sur tous les océans.

Mais la France est aussi un grand pays de mer. Beaucoup plus ouvert sur le monde qu’il ne se l’avoue, son bon sens populaire leurré par sa douceur de vivre, et ses penseurs plus pollués par la pesanteur de la glaise que vivifiés par l’écume et les vents d’ouest. Don de la nature ou des conquêtes territoriales qui ont façonné le territoire français, notre pays possède un incroyable littoral, et surtout le premier domaine maritime du monde. Ce territoire, sur tous les océans, qui fait de la France le seul pays au monde sur lequel le soleil ne se couche jamais… Au-delà de notre Histoire et de ses péripéties, celle de notre civilisation ou celles de notre nation, il y a là notre avenir. Cet avenir que nous lèguent nos racines maritimes, nos richesses et nos exigences océanes.

Une véritable marine d’État

1626 : en créant cette charge de grand maître de la navigation et du commerce, l’édit de Saint-Germain regroupe toute la politique maritime du royaume sous une responsabilité unique. Richelieu devient celui qui dirige l’ensemble de la stratégie maritime : marines de guerre, du commerce, de pêche, de la pêche à pied même et des douanes également… Préfiguration de la Marine d’aujourd’hui, et pas seulement armée de mer, mais véritable marine d’État. Pour dès sa naissance, de premiers succès en Méditerranée et dans l’Atlantique lors de la guerre de trente ans (Maillé-Brézé), contre les barbaresques (chevalier Paul), pendant la guerre de Hollande (Duquesne) et celles de la ligue d’Augsbourg (Tourville) puis de succession d’Espagne (Duguay-Trouin).

Mais depuis Richelieu, dans une France plus ou moins consciente (au gré de son humeur et de la clairvoyance variable de ses dirigeants), certains n’ont jamais oublié que nos larmes auront toujours ce goût salé de la mer si nous l’ignorons.

Avant de devenir, au XVIIIe siècle, une marine de combat à l’échelle du monde. Avec Dupleix et Suffren dans l’océan Indien, Bougainville et son tour du monde, et bien sûr tous les noms glorieux de la guerre d’indépendance américaine qui changea la face du monde (de Grasse, La Motte-Picquet, Latouche-Tréville…). Au XIXe siècle, la flotte française s’adaptera sans cesse, inventera le premier cuirassé, expérimentera le premier sous-marin à propulsion mécanique, adoptera la vapeur pour devenir une marine capable de protéger les intérêts de la France sur tous les océans, déjà experte dans la projection de forces interarmées et interalliées.

 

Un héritage à assumer

Avant d’aborder le XXe siècle, ses drames et sa folie, d’y répondre parfois, pas toujours, mais en s’adaptant néanmoins sans cesse aux nouvelles donnes, en particulier nucléaires et spatiales. Aujourd’hui, la marine française tient une place particulière dans le monde. Elle n’est pas la plus grande mais reste la seule (avec celle des États-Unis) à toujours exister sur l’ensemble du spectre de la guerre navale. Sa capacité à naviguer et à conduire des opérations, son taux de disponibilité, son organisation, sa maîtrise des nouveaux programmes… sont inégalés. Héritage que notre nouveau siècle se doit d’assumer. En mer, rien de nouveau, c’est toujours là que se trament le sort du monde et notre destin. Depuis des millénaires. Homo Sapiens n’a pas conquis la planète qu’en marchant…

Mais depuis Richelieu, dans une France plus ou moins consciente (au gré de son humeur et de la clairvoyance variable de ses dirigeants), certains n’ont jamais oublié que nos larmes auront toujours ce goût salé de la mer si nous l’ignorons. Que ces anniversaires qu’il a fallu attendre 400 ans pour commencer à les fêter nous le rappellent sans cesse.

Source : fr.aleteia.