Plastic at Sea, la start-up catalane innovante qui protège les océans
20 février 2026
20 février 2026
Que devient un plastique une fois qu’il quitte nos mains ? À Banyuls-sur-Mer, Plastic at Sea aide les entreprises à mesurer l’impact réel de leurs matériaux dans l’environnement, grâce à des tests réalisés au plus près des conditions naturelles.
Dans un laboratoire de Banyuls-sur-Mer, l’eau de mer coule sans interruption. Elle arrive du large, traverse des aquariums de verre, puis repart. Rien d’extraordinaire en apparence. Et pourtant, c’est ici que se jouent certaines des questions les plus sensibles de notre quotidien. Que contiennent les plastiques ? Que relarguent-ils dans l’environnement ? Et que font-ils au vivant ?
Blouse sur le dos, geste précis, Anne-Leïla Meistertzheim, biologiste marine spécialisée en écotoxicologie et fondatrice de la société Plastic at Sea, supervise les tests in vivo en cours. Depuis plusieurs mois, son équipe se concentre sur un sujet très concret : les microplastiques présents dans l’eau potable. « Nous avons testé des systèmes de filtration domestiques, les mêmes que l’on peut installer chez soi sur un robinet, explique la docteure. On voulait savoir si ça marchait vraiment, dans des conditions normales d’utilisation. »
Et les résultats sont tombés : jusqu’à 76 % des microplastiques filtrés et retirés selon les dispositifs. » On nous dit : 76 %, ce n’est pas énorme. C’est pourtant les trois quarts. Et cela fonctionne sur les particules les plus petites, celles que l’on craignait le plus. »
Ces travaux annoncent un projet majeur pour l’entreprise : la création d’un nouveau laboratoire d’ici la fin de l’année 2026, dédié exclusivement à la quantification des microplastiques. Eau potable, rivières, sols agricoles, poissons, aliments… » On les retrouve partout, mais aujourd’hui, on ne sait pas vraiment combien de microplastiques une personne ingère. Il y a eu des chiffres très médiatisés. On parle de cinq grammes de microparticules de plastiques, cachées dans nos aliments – soit l’équivalent d’une carte de crédit – ingérés chaque semaine par un individu… Ce sont des estimations, mais scientifiquement, on manque encore de données solides. »
Plastic at Sea est née en 2018, au sein de l’incubateur de l’Observatoire océanologique de Banyuls-sur-Mer. À l’époque, la start-up tient dans quelques mètres carrés. « On était une toute petite structure avec une idée simple : utiliser le vivant pour comprendre la toxicité des plastiques », relate la fondatrice. Six ans plus tard, Plastic at Sea compte 17 salariés, a quitté l’incubateur pour s’installer dans de nouveaux locaux sur le port, et travaille avec une clientèle française et internationale.
Son cœur de métier reste pourtant inchangé. Celui d’évaluer la biodégradabilité et la toxicité des matériaux plastiques. « Et accompagner les acteurs économiques vers des choix responsables. Aujourd’hui, 95 % de notre clientèle vient de l’industrie. » Des grands groupes comme Bic ou L’Oréal, mais aussi des start-ups qui développent « les plastiques du futur ». » Notre travail, c’est de vérifier précisément si ces matériaux sont réellement biodégradables, notamment en milieu marin, l’un des plus compliqués à analyser. » Plastic at Sea intervient également directement sur les sites industriels pour identifier les fuites de microplastiques. « On commence toujours par des choses très concrètes. Où va l’eau quand il pleut, où sont les pentes, où est la rivière la plus proche… Ensuite, on mesure. Ces chiffres leur permettent ensuite de s’améliorer. »
Réputée pour avoir » transformé une révolte d’enfant face à la pollution de la mer en un combat de scientifique », Anne-Leïla Meistertzheim milite pour la création d’un futur pôle dédié à l’économie bleue sur la Côte Vermeille. » L’économie bleue, ce n’est pas juste exploiter une ressource. On doit aussi la préserver. » Une approche qui relie biotechnologie marine, décarbonation maritime et bien entendu gestion de l’eau. » Avant d’arriver à la mer, il y a toujours une rivière. Et avant la rivière, il y a la montagne », rappelle la biologiste. D’où l’idée de penser ces activités à l’échelle d’un territoire entier. «
Malgré un contexte environnemental parfois décourageant, la fondatrice refuse le catastrophisme. « On ne va pas régler le problème du plastique du jour au lendemain. Mais il y a des solutions qui fonctionnent, des matériaux moins toxiques, des systèmes de filtration efficaces. Ce sont des petits pas. » Des petits pas, mis bout à bout, qui finissent par compter. Et qui rendent l’invisible… visible.